En 2030, la RDC pourrait nourrir 3 milliards de Terriens, si…

24 mars 2015

Les vaches du Centre de Dressage sont nourries par les apprentis-bouviers. (c) PNUD / Benoît Almeras-Martino, 2014.

"Pour gagner le combat contre la pauvreté et la faim, il faut favoriser l’accès aux marchés et à la valeur ajoutée des productions agricoles par le développement de l’agribusiness",  affirme Priya Gajraj, Directeur Pays du PNUD-RDC, en ouverture du Forum Agribusiness dont le PNUD est co-organisateur. "Concrètement, cela passe par la mise en place de politiques favorables ; par l’encadrement des paysans ; l’amélioration de leur production et le développement de modèles d’affaires susceptibles de valoriser cette production sur le marché. L’agriculture reste l’activité principale de millions de populations rurales et urbaines en Afrique. En RDC, ce secteur occupe près de 80% de la population. Bien que la  contribution des paysans au développement du pays soit fondamentale, de nombreuses contraintes entravent leurs efforts, notamment  de faibles rendements au niveau des champs ; l’absence de semences de qualité ou d’engrais ; le manque d’équipements de transformation ou d’infrastructures adéquates d’écoulement de leur production. L’accès au marché et l’agribusiness sont donc une opportunité afin de s’engager vers une vision commune dans le domaine agricole, avec un impact réel sur la qualité de vie des populations rurales et du développement durable", précise Mme Gajraj.

Ce constat fort souligne l’importance qu’accorde le PNUD, leader du développement humain durable, dans le  secteur agro-alimentaire ; ceci dans le but de venir en appui aux pays africains pour qu’ils soient capables de nourrir eux-mêmes leurs populations dans le moyen terme.

Forum de l’Agribusiness : cinquième édition

Ce Forum de l’Agribusiness se déroule chaque année dans un pays différent. Cette année le thème est : "Vers une croissance inclusive : une nouvelle vision pour la transformation agricole en Afrique".  Il entend promouvoir le secteur de l’agro-alimentaire, à travers l’échange de bonnes pratiques et via la recherche de divers types de partenariats. Cette année, les acteurs de ce secteur et de ses flières dérivées se rencontrent à Kinshasa du 22 au 25 mars. Au programme : conférences, débats et discussions informelles B2B (business to business). Les cartes de visite s’échangent, les idées fusent, des prémices de contrats s’ébauchent peut-être….

Quelles sont les pistes à privilégier pour appuyer la croissance de ce secteur crucial pour l’émergence du continent africain ? "L’accès au financement en faveur des fermiers et d’autres acteurs permettra de soutenir les chaînes de valeurs agricoles ; de les rendre plus rentables et ambitieuses", poursuit Priya Gajraj, Directeur Pays du PNUD. La production agricole congolaise pourra ainsi nourrir la population à un prix abordable et en garantissant la qualité sanitaire".  Il s’agit donc d’aider les fermiers à éviter que leurs productions ne pourrissent sur pied par manque de transport et de réseau routier praticable ; de créer des zones d’entreposage ; d’appuyer les transporteurs, les fournisseurs d’équipements, les transformateurs et de développer des mécanismes novateurs pour faciliter le financement des plans d’affaires de ces intervenants. « Les chaînes de valeurs agricoles impliquent aussi la mise en place de mécanismes de garanties, de location-vente d’équipement et de crédits à taux préférentiel.  "À cet égard, poursuit Mme Gajraj, je me réjouis de voir aujourd’hui, à ce Forum Agribusiness, des banquiers de l’agriculture, des représentants de fonds de garantie, et d’autres acteurs du secteur privé."

Valoriser la participation du secteur privé

Idit Miller, Managing Director et VP chez EMRC (Growing Partnership for Africa et co-organisateur de ce Forum) explique que cette cinquième édition de l’Agribusiness, la plus grande jusqu’à présent, permet de mettre en lumière les problématiques que rencontre actuellement l’industrie agro-alimentaire en Afrique. "Ce secteur occupe  plus de la moitié de la main d’œuvre du continent" rappelle-t-elle.

Un secteur éminemment porteur donc, ce qui explique l’intérêt du secteur privé à son égard, mais pas seulement. En effet, en ce premier jour, la salle était remplie de responsables d’entreprises nationales, régionales et multinationales,  d’investisseurs, de fonds de promotion, de bailleurs, de chefs de coopération technique, d’ambassadeurs venus tisser du réseau, discuter chiffres et perspectives de rendements.

Il faut dire que le potentiel du sol africain saute aux yeux ! Le continent est appelé à produire une part de plus en plus prépondérante des besoins mondiaux en nourriture, et la RDC particulièrement se présente comme un véritable grenier agricole. En 2030, alors que la planète hébergera neuf milliards d’êtres humains, la RDC  pourrait en nourrir 2 à 3 milliards à elle seule si les conditions nécessaires sont réunies.

Un point que reprend le Ministre de l’Agriculture, Pêche et Elevage, M. Kabwe Mwewu, qui  souligne qu’il faut "donner du travail aux paysans". Il considère ainsi que "le redémarrage de l’agriculture doit s’inscrire dans une dynamique de relance globale" pour laquelle il s’engage à offrir des garanties nécessaires aux investisseurs.

Le développement de l’industrie agro-alimentaire ne se fera pas sans le savoir-faire et le financement des acteurs privés, en mesure d’apporter à la fois capitaux et productivité au secteur. Toutefois, cette croissance ne peut se penser sans la participation des petits producteurs et des paysans qui en constituent le premier échelon, sur le terrain.

Une agriculture inclusive et solidaire


Moddy Jones, Président de EMRC explique qu’aujourd’hui encore, beaucoup trop d’Africains "vont au lit le ventre vide" et qu’il existe des solutions simples pour y remédier et encourager le développement du secteur agricole. Selon lui, il faudrait que l’Afrique garde en tête que l’agriculture est un business, qu’elle reconnaisse le rôle du gouvernement dans ce secteur et les règles spécifiques qui le régissent. Il est nécessaire dans cette optique d’autonomiser les femmes et les plus jeunes, en mettant en place une industrie agro-alimentaire inclusive. De son côté, Mme Eugenia Serova, représentant la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture également co-organisateur de l’événement ainsi que le Fonds de Promotion pour le développement en RDC)  insiste sur la croissance inclusive qui, pour elle, est la clef du développement agricole.  Elle appelle de ses vœux la construction d’un système d’alimentation qui tienne compte des groupes marginalisés et suggère qu’un soutien financier leur soit fourni pour s’assurer que chacun prenne la part qui lui revient dans le développement de l’agriculture africaine.

Ce Forum Agribusinnes suscite donc beaucoup d’espoirs et créera des opportunités d’affaires. Les défis et enjeux sont connus : rendre les pays africains et la RDC autonomes et autosubistants, où les petits producteurs gardent leur place, tout en ne perdant pas de vue que d’ici à 15 ans, un tiers de la planète pourrait être nourrie grâce à l’agriculture congolaise.

Louise ANDRE

 

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