Je remercie le Président du Sénégal de ses observations et tiens à exprimer ma gratitude au Gouvernement sénégalais pour avoir aimablement accueilli cette réunion qui rassemble ceux qui dirigent et gèrent l’action de l’ONU et du PNUD en Afrique. Au PNUD nous apprécions à sa juste valeur le rôle actif que le Sénégal continue à jouer aux Nations Unies, au sein de l’Union africaine et dans les institutions régionales d’Afrique de l’Ouest. À plusieurs reprises, votre pays a joué un rôle de premier plan dans le règlement de crises régionales, et il peut à l’avenir s’en prévaloir.
Les résultats des élections présidentielles sénégalaises en mars dernier et les premières mesures prises par le Gouvernement du Président Sall montrent bien, non seulement que l’une des plus anciennes démocraties d’Afrique ne veut pas se départir de ses institutions démocratiques, mais aussi qu’elle fait en sorte qu’elles se renforcent. Ce résultat est important, et pas seulement pour le peuple sénégalais. Il adresse un puissant message à tout le continent et ce faisant, contribue plus largement à l’inviter à réaliser des élections libres et équitables.
Pour toutes ces raisons, Dakar est le lieu tout indiqué pour nous rencontrer et évaluer les réalisations de la région en matière de développement, anticiper les problèmes et nous accorder sur les priorités de notre action dans la région.
Tendances du développement en Afrique
Pour nous, au PNUD, le développement actuel en Afrique est comme encadré par deux tendances parallèles mais contradictoires.
D’une part, le continent enregistre actuellement d’exceptionnels résultats économiques et une forte croissance du PIB par habitant. D’autre part, ces réalisations n’aboutissent nullement à une amélioration générale du développement humain. Il est essentiel d’améliorer la qualité de vie du très grand nombre d’Africains qui vivent toujours en-dessous du seuil de pauvreté, notamment en autonomisant les femmes et en offrant davantage de possibilités aux jeunes.
La croissance qu’a connue l’économie de nombreux pays d’Afrique durant la première décennie du siècle, à l’exception du ralentissement de 2008, est frappante lorsqu’on la compare à la stagnation et aux reculs qui ont marqué le continent entre le milieu des années 1970 et la fin des années 1990. Depuis 2000, le commerce entre l’Afrique et le reste du monde a augmenté de 200 pour cent. Les chiffres de la Banque mondiale donnent à penser qu’au cours de huit des dix dernières années, la croissance en Afrique subsaharienne a été plus rapide que celle de l’Asie de l’Est, Japon non compris.
Il est important de noter également que les taux élevés de croissance en Afrique ne sont pas uniquement fondés sur l’expansion que connaissent les industries extractives. Les pays riches en ressources ont connu une croissance rapide, mais cela est aussi vrai des pays importateurs de produits alimentaires et d’énergie, comme l’Éthiopie, le Rwanda et l’Ouganda. Ceci donne à penser que les sources de la croissance africaine se diversifient, tendance qui peut non seulement faire croître leur économie, mais qui peut les rendre plus résistants aux chocs.
On constate également des progrès dans la réalisation de plusieurs des cibles des OMD. Selon des données récemment publiées par la Banque mondiale, le nombre d’Africains vivant dans l’extrême pauvreté est tombé en-dessous de 50 pour cent en 2008.
Certains ont dit que la baisse considérable et rapide de la mortalité infantile dans de nombreux pays Africains, était ‘la meilleure preuve tangible du développement’. Le Sénégal est parmi ceux qui ont enregistré des succès en matière de développement. Entre 2005 et 2009, la mortalité infantile au Sénégal a baissé de 64 pour cent.
Il est également important de noter qu’à partir de ce mois-ci, 44 pour cent des parlementaires sénégalais sont des femmes, ce qui place le pays parmi ceux qui ont les meilleurs résultats dans la représentation féminine, non seulement en Afrique, mais partout dans le monde.
Dans un certain nombre de pays africains, des populations plus instruites et politiquement plus sensibilisées ont aussi contribué à un meilleur respect de l’obligation comptable et une meilleure capacité d’adaptation. Ceci à son tour a contribué à rendre les politiques gouvernementales plus efficaces et plus solidaires. Les résultats des élections présidentielles du Sénégal en mars dernier ont confirmé que l’une des plus vieilles démocraties d’Afrique poursuivait sa marche pour parvenir à la maturité politique, en offrant un vigoureux exemple de ce qui est réalisable.
La semaine dernière a été publié le Rapport 2012 sur les OMD, compilé par l’Union africaine, le PNUD, la Banque africaine de développement et la Commission économique pour l’Afrique. Il met en lumière les progrès réalisés dans l’inscription scolaire dans le primaire, la réduction des disparités entre les sexes, le nombre de femmes parlementaires élues et la réduction de l’incidence du VIH.
Les auteurs du rapport ont cependant noté que pour accélérer la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement durant les trois dernières années qui restent avant 2015, les pays africains devront faire davantage pour réduire les inégalités encore très répandues, créer en plus grand nombre des emplois décents pour une population qui ne cesse d’augmenter, améliorer l’accès et la qualité des soins de santé et de l’éducation, et investir dans l’adduction d’eau, l’énergie et l’assainissement.
Faute de politiques efficaces dans ces secteurs, le Rapport donne à penser que les avantages de la croissance économique échapperont à une proportion appréciable d’Africains, notamment ceux qui vivent encore en-dessous du seuil de pauvreté et qui travaillent dans les secteurs spontanés de l’économie.
Dans d’autres régions du monde, les taux de croissance économique tels que ceux que l’on constate actuellement en Afrique ont, en moyenne, entraîné une dépaupérisation plus rapide et une amélioration des autres indicateurs sociaux. En d’autres termes, la croissance, en Afrique, a eu moins d’effet de réduction de la pauvreté et de progrès social que dans d’autres régions en développement.
Récemment publié par le PNUD, le Rapport sur le développement humain en Afrique constate également que des taux de croissance économique élevés n’ont pas épargné à près d’un quart de la population subsaharienne le fléau de la faim.
La croissance ne fait pas encore sentir ses bienfaits pour de nombreux enfants, en particulier dans les zones rurales et les zones reculées. Le rapport de 2012 sur les OMD constate que bien souvent ces enfants ne profitent pas des effets de la croissance car leurs parents n’ont pas accès à des soins de santé de qualité, à l’eau potable, à des sources fiables d’énergie, à des équipements adéquats et à des moyens d’existence durables.
Le problème général est de savoir comment traduire la croissance économique en un développement humain plus rapide. Des mesures délibérées, des investissements bien ciblés sont nécessaires non seulement pour accélérer la croissance mais pour la rendre plus solidaire et plus durable. Le PNUD est résolument engagé dans cette voie, aux côtés des nations africaines, de façon à contribuer à la conception et l’application de politiques et de programmes qui auront précisément cet effet.
À la Conférence Rio + 20 sur le développement durable, tenue au Brésil il y a un mois, les États Membres des Nations Unies ont élaboré une interprétation commune d’un avenir du monde reposant sur des notions de développement humain et de développement durable. Mais pour être véritablement durable, le développement doit être multidimensionnel – il s’agit à la fois de créer des emplois, de réduire la pauvreté, d’amoindrir l’inégalité et de protéger l’environnement. Le PNUD s’est engagé à travailler avec l’Afrique sur un ensemble cohérent de politiques qui devraient permettre de réaliser un développement à la fois soutenu et durable. Notre organisation est bien placée pour tirer parti de ces réseaux étendus de spécialistes, de partenaires et de praticiens, dans l’ensemble du continent africain et au-delà, et pour aider à diffuser l’innovation et les pratiques optimales en matière de développement durable.
Les priorités du développement humain durable en Afrique
Pour progresser, nous suggérons de retenir les priorités suivantes.
1. Élargir la base de l’économie, dans un effort délibéré pour réduire la pauvreté et l’inégalité. Les OMD ont aidé à inciter un nombre grandissant de pays à orienter leurs investissements vers les secteurs sociaux. Il est également d’importance critique de diriger les investissements vers les secteurs économiquement productifs qui peuvent employer les pauvres et le font déjà.
En fait, pour déclencher une croissance inclusive il faut investir dans les secteurs où travaillent et vivent les pauvres. Une croissance trop lente de la productivité dans les secteurs rural et agricole – où travaillent et vivent la majorité des Africains – est le principal facteur qui limite l’action de dépaupérisation de la croissance. Il est donc particulièrement important d’investir dans l’augmentation de la productivité de la petite agriculture, comme moyen d’accélérer la croissance économique, réduire la pauvreté et améliorer le bien-être des agriculteurs pauvres et de leur famille.
Les petits agriculteurs doivent notamment avoir un meilleur accès aux intrants agricoles tels que des semences et des engrais appropriés, des services de vulgarisation agricole, de nouvelles technologies, des innovations, et un meilleur accès aux marchés et au crédit.
Il faut également puiser dans les vastes richesses naturelles des pays africains pour dégager des recettes publiques intérieures susceptibles d’être investies dans le cercle vertueux de l’infrastructure et des services économiques et sociaux adéquats. Pour éviter que les richesses produites par l’exploitation effrénée des ressources naturelles ne tombent dans les mains de quelques-uns, il est indispensable de mettre en place des systèmes de gouvernance efficaces, transparents et comptables.
2. Le rôle de la politique sociale dans la réduction de la pauvreté et de l’inégalité
En Afrique, si la croissance n’accélère pas la dépaupérisation, c’est que l’inégalité des revenus est profonde dans le continent. L’inégalité, l’injustice et la discrimination sont les causes profondes de la pauvreté et du sous-développement.
Pour résoudre ces problèmes, l’accès universel à des services sociaux de base et la mise en place de filets de protection sociale doivent être accompagnés de mesures s’adressant expressément aux groupes exclus. Des programmes de travaux publics, des dispositifs d’emploi des jeunes, la mise en place de systèmes d’assurance sociale et de programmes d’alimentation scolaire figurent parmi les initiatives qui peuvent contribuer à la réduction de la pauvreté et à la réalisation des OMD en Afrique. Le PNUD peut aider les gouvernements africains à adapter ces politiques aux situations locales.
Pour progresser dans la réalisation des OMD, pendant les quelques années qui restent avant 2015, il faut augmenter considérablement l’aide publique, une assistance au développement plus efficace, la collaboration du secteur privé et une participation plus générale de la société civile. Beaucoup plus d’Africains doivent avoir accès à des sources fiables d’énergie, à l’eau pobable et à l’assainissement, à une éducation de qualité et à des services de soins bien organisés.
En appliquant le Cadre pour l’accélération de la réalisation des OMD en Afrique et ailleurs, le PNUD et les autres membres des équipes de pays des Nations Unies aident les pays à mettre au point des plans d’action bien définis pour faire sauter les obstacles à la réalisation des OMD. Il faut pour cela des investissements dans la formation des ressources humaines et dans l’administration publique.
Une chose est claire – si l’on ne s’attaque pas directement à la pauvreté et l’inégalité, elles persisteront et retarderont d’autant le développement humain et le progrès des nations. Aux Nations Unies, nous nous efforçons d’y remédier.
3. Il est particulièrement important, pour l’avenir de l’Afrique, que l’on mette expressément l’accent sur l’émancipation économique des femmes et des jeunes.
Les femmes jouent en effet un rôle majeur dans l’agriculture, le commerce, les services et plus généralement l’entreprise, partout en Afrique, mais l’inégalité les empêche de valoriser pleinement leur potentiel. Si elles en ont la possibilité, les femmes peuvent augmenter leurs revenus, et accélérer la croissance et le développement de leur milieu local. Il y a quelques jours je me suis rendue à Saint-Louis, et j’ai pu y voir des centaines de dirigeantes de microentreprises qui ont pu lancer leur affaire avec l’aide du PNUD, du Luxembourg et de partenaires sénégalais. Ces initiatives, confortées par de véritables droits fonciers, un accès au crédit et aux autres facteurs productifs, ainsi qu’à tous les autres domaines, feront des femmes un facteur encore plus important de développement du continent africain.
D’ici à 2025, un quart des jeunes, dans le monde, seront nés en Afrique subsaharienne. Cela peut présenter des possibilités réelles, mais peut aussi signifier de graves difficultés– selon les politiques qui seront choisies par les gouvernements.
Si leurs perspectives économiques et leurs moyens d’expression politique sont limités, les jeunes seront plus susceptibles de se livrer à des activités illicites et à fomenter des troubles sociaux entraînant la discorde sociale ou même tout simplement la violence. Au contraire, les jeunes peuvent être de très importantes sources d’innovation et de croissance, et permettre à l’Afrique de recueillir un “dividende démographique” de première importance. Récemment, à Nairobi, j’ai rencontré de jeunes informaticiens qui ont lancé leur entreprise par la plate-forme d’innovation informatique, et cela m’a rappelé quelle source d’inspiration peut être la jeunesse une fois qu’on lui donne des possibilités d’innover.
L’agriculture, qui emploie près des deux tiers de la population active en Afrique, doit être rendue plus attrayante aux yeux de la jeunesse. Des initiatives heureuses ont été lancées comme au Centre Songhai, au Bénin, ou dans les écoles polytechniques, au Kenya, et ces initiatives montrent comment la jeunesse peut respecter des normes élevées et se consacrer aux industries agricoles, depuis la microentreprise jusqu’aux très grandes entreprises.
4. Quatrièmement : Sécurité alimentaire et nutrition
Pour résoudre le problème de la sécurité alimentaire et du mauvais état nutritionnel qui affecte le continent, il faudra faciliter l’autonomisation des agricultrices et rendre l’entreprise agricole plus attrayante aux yeux des jeunes.
Le rapport du PNUD sur le développement humain en Afrique, publié il y a quelques semaines, formule à cet égard diverses recommandations qui portent sur l’augmentation de la production agricole, l’investissement dans la nutrition, l’amélioration de la résistance aux chocs, et l’émancipation – notamment celle des femmes et des groupes vulnérables.
Bien que l’agriculture et l’alimentation ne constituent pas ses principaux domaines de pratiques pas la tâche première, le PNUD aide pourtant de nombreux pays africains à établir des partenariats transversaux et appliquer des politiques cohérentes afin de résoudre des questions essentiellement complexes – parmi lesquelles figure assurément la crise de la sécurité alimentaire et de la nutrition.
À ce titre, le Cadre pour l’accélération de la réalisation des OMD actuellement appliqué dans plusieurs pays africains pour améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle est un excellent instrument. Au Niger, par exemple, un plan d’action complet a été élaboré et est actuellement appliqué dans le cadre de l’Initiative du Président du Niger dite des “3N” de façon à assurer la sécurité alimentaire de tous les Nigériens. Diverses mesures sont adoptées, depuis la distribution de titres fonciers pour encourager l’investissement dans les équipements de base et améliorer la productivité, jusqu’à l’amélioration de l’accès aux services de vulgarisation agricole.
5. Cinquièmement : L’importance critique de l’énergie
Une importante proportion des quelque 1,3 milliard de personnes qui, dans le monde, n’ont pas l’électricité, ou des 2,3 milliards qui dépendent encore des formes traditionnelles de biomasse pour la cuisson des aliments et le chauffage, vit dans le continent africain. L’initiative du Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies pour l’énergie durable pour tous, qui vise un accès universel à des services énergétiques modernes d’ici à 2030, serait de nature, si elle est réalisée, à transformer leur existence quotidienne.
Des pays africains figurent parmi les 55 pays qui, dans le monde, ont donné leur adhésion à cette initiative. Les coordonnateurs résidents des Nations Unies jouent un rôle essentiel, aux côtés des gouvernements, pour faire se rencontrer tous les acteurs pertinents afin d’organiser des actions menant à l’accès universel à l’énergie, améliorer les rendements énergétiques, valoriser, chaque fois que c’est faisable, les sources d’énergie renouvelables et obtenir la participation active du secteur privé, de la société civile et de la population locale. Il faudra utiliser à la fois les moyens qu’offrent les grands réseaux et les petites installations non raccordées aux réseaux de distribution d’électricité.
Un accès fiable, d’un coût raisonnable, à l’énergie est non seulement un moyen de concourir au développement humain – en allégeant la charge qui pèse sur les femmes, en améliorant l’accès aux services, en apportant de l’électricité aux microentreprises – et de rendre l’agriculture plus productive ; il est également d’importance critique pour attirer des investissements dans des entreprises plus vastes, susceptibles de créer des emplois décents pour les citadins africains, dont le nombre augmente rapidement.
6. Sixièmement : Promouvoir des politiques triplement gagnantes
Élargir l’accès aux sources d’énergie renouvelables constitue un moyen à la fois de ménager l’environnement, de créer des emplois et d’améliorer l’équité dans la société. Le PNUD encourage désormais consciemment ce que nous appelons des politiques “triplement gagnantes”, qui permettent d’avancer au regard des trois volets du développement durable – économique, social et environnemental. Pour donner suite à la Conférence Rio + 20 il est important de mettre en œuvre une formulation cohérente des politiques de développement durable.
L’Afrique a déjà une certaine expérience, et peut se prévaloir de pratiques optimales dans le partage de ces politiques triplement gagnantes; par exemple :
• Le reboisement, au Niger, qui protège les sols, a permis d’augmenter les rendements des récoltes et il peut accroître les revenus, la sécurité alimentaire et améliorer la nutrition ;
• L’Éthiopie a appliqué une stratégie d’économie verte, résistant aux effets du changement climatique et à faible émission de carbone. C’est là un excellent exemple d’un PMA qui cherche à accélérer le développement humain et la croissance économique dans les limites permises par l’environnement.
Nous constatons aussi d’excellents exemples d’intégration de la protection sociale et de création d’emplois dans l’équité et ménageant l’environnement, notamment en Afrique du Sud et en Éthiopie, --- qui peuvent faire état de succès dans ce domaine. À la Conférence Rio + 20, le PNUD a aidé à organiser une manifestation parallèle, soutenue par le Brésil, sur les dispositifs de protection socioenvironnementale, et nous cherchons à mieux promouvoir ces pratiques optimales.
7. La septième priorité, d’importance primordiale, est d’augmenter la résilience, c’est-à-dire la capacité de résistance aux chocs, quelle qu’en soit l’origine.
Il faut améliorer la résilience pour résister au changement climatique et aux autres catastrophes naturelles ainsi qu’aux chocs d’origine économique du type de ceux qu’a suscités la crise financière mondiale. Les deux types de crise peuvent avoir d’importants effets sur le développement humain. Dans notre monde interconnecté, les chocs se font ressentir de manière durable. La question est de savoir comment les pays peuvent s’équiper pour y remédier.
À la base de l’amélioration de la résilience on trouve la bonne gouvernance et une plus grande cohésion sociale. En effet, l’une et l’autre aident à limiter l’exposition au risque de conflit et à l’impact destructeur de la corruption, de l’inégalité et de l’injustice. La résilience doit donc être incorporée à l’action des gouvernements, des collectivités locales, des familles et des individus qui doivent avoir les capacités et la force d’exercer leur action quand les choses deviennent difficiles.
L’ampleur des crises humanitaires qui découle maintenant des catastrophes naturelles, des conflits et des chocs économiques, a suscité chez les partenaires du développement un regain d’intérêt pour l’idée d’améliorer la résilience. Les pays d’Afrique orientale et du Sahel sont maintenant l’objet d’efforts nouveaux pour renforcer leur résilience.
Mais ces efforts nécessitent aussi une plus grande collaboration entre le personnel humanitaire et les acteurs du développement de sorte que la réponse à la crise soit gérée d’une façon qui crée une transition entre le relèvement et le développement soutenu, et aide les populations à mieux se relever.
Les équipes de pays des Nations Unies sont en mesure de faire converger une aide bien coordonnée et des services dispensés aux pays qui cherchent à affermir les bases de cette résilience. Plus précisément, le PNUD peut aider les pays à avoir accès aux ‘crédits climat’, c’est-à-dire aux moyens de financement qui deviendront plus largement disponibles pour l’adaptation aux événements climatologiques extrêmes. Ces sources de financement finiront par dépasser ce qui est disponible au titre des sources habituelles d’aide au développement et notamment des prêts.
Vers un agenda du développement après 2015
Au moment où l’Afrique réfléchit aux moyens d’accélérer le développement humain grâce à sa croissance économique, le débat international porte actuellement sur ce qui pourrait constituer l’agenda du développement pour la période post-2015.
Les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) qui étaient assortis d’un calendrier précis, qui étaient mesurables et pouvaient facilement être expliqués au public, ont engendré un grand nombre d’actions et suscité des progrès qui portent sur les indicateurs de développement de base. Nous devons maintenant porter notre ambition à des niveaux plus élevés – et non seulement pour éliminer effectivement l’extrême pauvreté qui condamne encore un si grand nombre d’hommes à vivre avec moins de 1,25 dollar par jour et à subir le fléau de la faim.
Lors de la Conférence Rio + 20, les États Membres ont souligné qu’il importait à la fois d’accélérer la réalisation des OMD et de bien rester concentrés sur le problème de l’élimination de la pauvreté. Ils ont également décidé que des objectifs de développement durable devaient être définis et faire partie de l’agenda du développement mondial au-delà de 2015. Il sera d’importance critique que les gouvernements africains, la société civile et le secteur privé, en Afrique, fassent entendre le moment venu.
Au PNUD et dans les équipes de pays des Nations Unies, nous devons continuellement nous “réinventer” pour rester pertinents au regard du nouvel agenda du développement mondial et continuer à répondre aux priorités nationales, en pleine évolution, en Afrique et dans le reste du monde.
La pratique du développement, au vingt et unième siècle, consiste pour une large part à faire se rencontrer les personnes et les institutions, les idées, l’innovation, les pratiques optimales, et à tirer parti des capacités nationales pour réaliser les objectifs nationaux et mondiaux. Le problème du développement est aussi de mettre en place des partenariats ambitieux avec des partenaires de longue date et des acteurs nouveaux de la coopération pour le développement. Il s’agit aussi de coordonner les efforts, et de les faire correspondre aux priorités nationales.
Les pays en développement veulent des résultats, nos bailleurs de fonds veulent des résultats, et nous voulons que notre entreprise donne des résultats. Les plans-cadres des Nations Unies pour l’aide au développement ont été allégés, rendus plus stratégiques, et l’utilisation de nouvelles méthodes de suivi et de mesure des résultats devrait rendre notre action plus efficace et faire connaître plus largement l’impact de notre action.
Cette année, l’examen quadriennal complet des activités opérationnelles de développement montrera combien nous sommes déterminés à faire ce qu’il faut pour nous réformer et améliorer notre contribution au développement, pays par pays.
En conclusion, j’ai mis en évidence un certain nombre de problèmes et de possibilités qui s’ouvrent pour faire progresser l’agenda du développement de l’Afrique. Avec la participation active des équipes de pays des Nations Unies, bien coordonnées, et avec une visée stratégique bien claire, je sais que nous pourrons aider l’Afrique à accélérer son développement – ce que demande sa population. Traduire le progrès économique en un progrès soutenu du développement humain, tout en protégeant les écosystèmes dont dépend la vie humaine, correspond bien à notre mission, et je compte ardemment sur les talents présents dans cette salle pour progresser dans cette voie.
Discours prononcé par l’Administrateur du PNUD, Helen Clark, lors de l’ouverture de la Conférence du Bureau régional du PNUD pour l’Afrique le 23 juillet 2012 à Dakar (Sénégal)