La RDC a mis en œuvre plusieurs mesures en vue d’assurer l’égalité entre hommes et femmes dans la vie économique. Ces mesures se rapportent soit (1) à l’adoption et la promulgation de lois garantissant un accès égal à l’emploi et à la protection sociale, soit (2) à la garantie d’un accès égal aux capitaux et aux opportunités commerciales, soit encore (3) à la ratification et l’intégration à la législation nationale des conventions et protocoles internationaux garantissant la participation des femmes.
L’évaluation de ces différentes mesures montre que des efforts doivent encore être déployés pour atteindre l’égalité entre hommes et femmes dans ce domaine.
Selon les études, les efforts déployés par le Gouvernement et ses partenaires n’ont pas produit tous les effets escomptés quant à la mise en œuvre des mesures et politiques économiques. Cette faible note peut être expliquée par trois arguments principaux : Primo, il n’existe pas de mécanismes de suivi et évaluation permettant de s’assurer que les politiques identifiées dans le secteur économique en matière d’égalité des sexes ont été mises en œuvre. Secundo, la mise en œuvre des politiques se rapportant à la sécurité alimentaire des hommes et des femmes et donc à la lutte contre la pauvreté est rendue difficile car elle ne reçoit pas de financements conséquents. Tertio, les initiatives gouvernementales se rapportant à l’utilisation égale des nouvelles technologies de l’information par les femmes et les hommes sont inexistantes ou insuffisantes.
Egalement, le Gouvernement a récemment ratifié le plan comptable de l’OHADA. L’avantage de ce recueil législatif est qu’il place un accent particulier sur la non-discrimination entre l’homme et la femme dans les activités économiques.
Cependant, toutes ces mesures, quoique pertinentes, souffrent encore visiblement de l’insuffisance voire du manque de mécanismes de suivi et évaluation.
Les analyses genre effectuées au sein des institutions publiques et privées de la RDC à l’occasion de l’audit national Genre ont abouti aux résultats suivants : (i) Un responsable sur deux dans une institution sur deux a des difficultés pour comprendre suffisamment le genre et ceux qui prétendent en avoir une certaine compréhension le confonde avec les questions des femmes, des sexes ou de culture d’importation occidentale ; (ii) Parmi la minorité de ceux qui ont une certaine connaissance du genre, nombreux sont ceux qui ne peuvent ni ne savent la mettre en pratique dans la vie quotidienne à cause des pesanteurs socioculturelles rétrogrades et sexistes telles les coutumes, les opinions, les traditions, les croyances religieuses, l’éducation populaire et autres qui bloquent autant leurs pensées, idées que leurs comportements, attitudes et aptitudes ; (iii) Quelle que soit la volonté des uns et des autres de faire du genre une pratique sociale quotidienne, l’insuffisance des moyens et des ressources tant humains, financiers et logistiques accordés à ce secteur transversal de la vie nationale par l’ensemble des institutions publiques et privées ne peut à ce jour promouvoir véritablement les questions d’équité et d’égalité des sexes en RDC.
Tels que présentés, ces résultats ont un impact négatif certain, d’une part, dans les capacités des institutions publiques et privées de la RDC à mettre en place des politiques et des programmes pertinents en matière d’intégration du genre dans le processus du développement national et, d’autre part, dans la cohérence recherchée dans les politiques et programmes du développement national mis en place faute de n’y prendre en compte substantiellement les liens logiques et conditionnels qui existent entre le genre et le développement.
En effet, conformément au quatrième pilier de la Politique Nationale Genre de la RDC lié à l’amélioration de l’impact des mécanismes en faveur de l’équité et de l’égal accès des hommes et des femmes par les capacités d’intervention du cadre institutionnel de la mise en œuvre, ainsi que l’harmonisation et la synergie des interventions sectorielles dans le domaine de la promotion du genre, les mécanismes institutionnels actuels semblent poser problème pour l’évolution et l’évaluation régulière des avancées et des défis en matière d’équité et d’égalité entre les sexes tant justement qu’elles ne permettent pas encore, à travers leurs politiques et programmes respectifs de promouvoir les droits des femmes, en général, ainsi que d’aborder et de coordonner avec efficience les actions relatives à l’équité et l’égalité entre les sexes.
Cette réalité est vécue autant par les institutions gouvernementales, les institutions privées et les organisations de la Société civile que par les partenaires techniques et financiers de la RDC.
1.Au niveau des institutions gouvernementales
Les institutions gouvernementales en matière d’intégration du genre dans les politiques et programmes du développement national sont autant les Ministères dont en particulier celui du Genre assurant la coordination en la matière au nom du Gouvernement et les services publics du Gouvernement à tous les niveaux de la vie nationale.
Dans ce sens, malgré une certaine visibilité d’efforts fournis ces dernières années par ces institutions gouvernementales en faveur des questions de genre, il est à constater des limites réelles en matière de connaissance et de pratique Genre en leur sein tant les « Points Focaux Genre » qui devaient être autant outillés et habilités au sein de leurs ministères et services publics respectifs pour œuvrer à l’intégration systématique des considérations genre dans les politiques, programmes et projets de leurs institutions respectives ainsi qu’à la mobilisation des ressources humaines et financières en faveur de la mise en œuvre efficace des questions d’équité et d’égalité entre les sexes ne bénéficient pas à ce jour d’un statut fonctionnel ni d’un mécanisme reconnu d’opérationnalisation et de collaboration.
Les efforts en cours au sein du Ministère du Genre pour organiser cette colonne vertébrale en matière de prise en compte du genre dans les politiques et programmes du développement national n’ont pas encore produits d’effet à ce jour. Il en est de même des efforts attendus dans ce sens aux niveaux provincial et local tout comme ceux de l’institutionnalisation de ce dispositif stratégique en une unité Genre au sein des Ministères et services publics du Gouvernement.
Particulièrement, en ce qui concerne le Ministère ayant en charge le Genre et des services publics sous son tutelle compte tenu du leadership attendu d’eux dans ce secteur au sein du Gouvernement, il est constaté en leur sein une insuffisance flagrante des capacités pour coordonner non seulement l’élaboration des politiques, programmes, projets, mais aussi la mise en œuvre de toutes les activités et interventions, par toutes les autres parties prenantes, en matière des questions d’équité et d’égalité entre les sexes qui restent transversales dans tous les secteurs de la vie nationale. Dans ce sens, leurs relations avec les autres ministères et services publics devraient être plutôt celles d’influencer et de « convertir » chacun de ces derniers à apporter son appui technique spécifique attendu pour l’institutionnalisation du Genre au sein du Gouvernement.
Par ailleurs, il est constaté également, la difficulté pour le Ministère ayant le Genre dans ses attributions ainsi que des services publics sous sa tutelle de bénéficier d’une allocation conséquente dans le cadre du budget national pour mener efficacement les activités attendues
2.Au niveau des Institutions privées et Organisations de la Société civile
Les institutions privées telles que les entreprises individuelles et collectives, les initiatives locales ainsi que les organisations de la Société civile dont, en particulier, celles féminines ont un rôle stratégique à jouer dans l’intégration du genre dans les politiques et programmes du développement national du fait de leur caractère de masse critique, d’instance de vigilance mais aussi des potentialités qu’elles regorgent en leur sein en terme de bonnes pratiques individuelles et/ou collectives en la matière.
En effet, de par l’engagement citoyen et le militantisme attendus d’elles dans le cadre de plaidoyer et de sensibilisation en matière d’intégration du genre dans les politiques et programmes du développement tant au niveau national, provincial que local , les entreprises privées individuelles et/ou collectives ainsi que les organisations de la Société civile constituent, à côté de celles gouvernementales, les germoirs de bonnes pratiques dans la communauté locale et nationale d’où proviendraient régulièrement des attitudes, aptitudes, habilités et comportements susceptibles de faire avancer la cause de l’équité et de l’égalité entre les sexes, notamment en termes de connaissance, conviction ainsi que et de mobilisation des ressources humaines voire financières en la matière.
Cependant, la difficulté souvent rencontrée au sein de ces institutions privées et organisations de la Société civile ainsi que dans le chef de leurs animateurs et membres entre la connaissance et la pratique sociale quotidienne en matière d’intégration du genre semble traduire un malaise profond vécu dans les mentalités et opinions populaires en termes de pesanteurs socioculturelles (traditions et coutumes rétrogrades, préjugés sexistes, socialisation déviante…) qui, malgré parfois les bonnes connaissances en la matière diffusées, renvoient la pratique des questions d’équité et d’égalité des sexes à une culture d’importation, à la rébellion ou au libertinage du sexe féminin.
Ainsi, plusieurs de ces institutions privées n’agissent en genre que par la seule bonne foi de quelques-unes de leurs membres et la témérité de certains animateurs. La majorité d’entre elles n’a pas de spécialisation propre d’intervention ni de compétences avérées en matière d’équité et d’égalité des sexes en droit et en fait. Plusieurs membres féminins de ces institutions privées et organisations de la Société civile sont eux-mêmes des victimes quotidiennes des violences basées sur le genre dans leurs entourages immédiats (ménages, familles et communautés respectives) sans qu’ils dénoncent ni ne réagissent, alors que l’exercice de la démarche de l’équité et de l’égalité entre les sexes est d’abord, avant d’être collectif, d’ordre individuel et d’auto-prise en charge personnelle.
En conséquence, la collaboration entre ces institutions privées et celles gouvernementales demeure floue en raison justement de la difficulté de concilier la connaissance avec la pratique sociale en matière d’intégration du genre. Tout comme, ces institutions privées et organisations de la Société civile accusent des difficultés de synergie et de collaboration entre elles pour des actions communes car ayant souvent des intérêts cachés voire divergents, alors qu’elles sont supposées poursuivre le même but.
Par ailleurs signalons que le Gouvernement qui a été mis en place le 28/04/2012 ne compte que 6 femmes sur un total de 36 Ministres. Ce constat suggère que « le pouvoir exécutif national n’accorde qu’une place très limitée aux femmes ».
Pour ce qui est des juges des hautes cours, les femmes sont aussi sous-représentées dans la magistrature. En effet, elles ne représentent que 25 % des magistrats contre 75 % des hommes (Discours du Ministre de la Justice, 2010). Cependant, l’augmentation du nombre de magistrats femmes ne date que de quelques mois et est sujette au recrutement de nouveaux magistrats qui a eu lieu au niveau de toute la République. Toutefois, cette percée des femmes ne semble pas être due à une politique étatique sensible au genre. Il semble qu’elle résulte des efforts personnels des candidates qui ont su prouver qu’elles pouvaient rivaliser avec les collègues hommes
Tout comme dans les postes de responsabilité dans la fonction publique et les établissements publics sur les 11 gouverneurs de Provinces, il n’y a aucune femme, concernant les Mandataires publics, on a actuellement 53 femmes sur 296, 7 femmes Secrétaires Généraux sur 55.
En ce qui concerne les syndicats professionnels, c’est le même constat, le nombre des femmes est de 32 contre 161 hommes ; Il en est de même pour les postes des Directeurs ou Gérants d’ONG où l’on compte 89 femmes contre 442. La situation n’est pas meilleure dans les associations ou d’union Communautaire qui présente un tableau de 102 femmes contre 4 221 hommes.
Dans les négociations pour le retour de la Paix notamment à l’Est du Pays, les femmes sont absentes, elles ne sont pas associées alors que la résolution 1325 impose aux Etats d’impliquer les femmes dans tous les efforts de stabilisation –consolidation de la paix et sécurité.
Ces différents points évoqués constituent une base dans l’élaboration de programmes à mettre en place par les partenaires d’appui en vue de promouvoir l’égalité et l’équité entre hommes et femmes en RDC.