Allocution de Monsieur Abdoulaye Mar Dieye ,Assistant Administrateur ,Directeur, Bureau Régional pour l’Afrique

17 oct. 2015

Excellences, mesdames et messieurs,

C’est un réel plaisir et un agréable devoir pour moi de m’adresser à un auditoire aussi distingué, à l’occasion de la deuxième édition du Forum « Rebranding Africa », sur le thème « Investir en Afrique, entreprendre pour l’Afrique ».

Une telle thématique est particulièrement pertinente dans le contexte actuel marqué par une dynamique d’émergence économique et une volonté résolue à promouvoir une transformation structurelle du continent, dans le sillage de l’agenda 2063 pour l’Afrique.

Vous conviendrez donc avec moi que la perception des acteurs économiques d’un pays ou d’une région est vitale tant pour l’attractivité et la performance économique que pour l’insertion harmonieuse dans l’économie mondiale

Aussi, voudrais-je, dans mes propos liminaires, mettre en perspective trois problématiques fondamentales autour desquelles notre Forum s’articule:

- Pourquoi est-il capital pour l’Afrique de projeter une nouvelle image de marque (ou rebranding) ?

- Pourquoi privilégier l’entreprenariat dans la construction, l’exploitation, la vulgarisation et la rentabilisation de cette image ?

- Quels sont les facteurs clés du succès de l’investissement dans l’entrepreneuriat en Afrique ?

Mesdames et Messieurs,

L’image négative longtemps associée à l’Afrique a pesé sur les possibilités du continent à pleinement bénéficier de l’essor des investissements mondiaux et tirer profit des avantages de la mondialisation. Cette perception a toutefois bien changé au cours des dernières années, en témoigne l’évolution de la « une » de l’hebdomadaire britannique The Economist qui qualifiait l’Afrique de « Continent désespéré » en mai 2000, pour 11 ans plus tard, annoncer le « Réveil de l’Afrique ».

A n’en point douter, les médias africains et internationaux rendent mieux compte aujourd’hui des réalisations remarquables du continent au plan économique ; Mais toujours pas à leur juste valeur.

À titre d’illustration, l’Afrique représente moins de pour cent des recherches Google effectuées sur l’internet. Il importe donc de vaincre ce syndrome de l’iceberg. Et c’est en ce sens qu’il faut saluer et encourager l’initiative du magazine Notre Afrik sur le rebranding ou le repositionnement de l’image du continent africain.

Le narratif actuel sur l’émergence de l’Afrique, presque exclusivement focalisé sur la croissance économique impressionnante et ininterrompue de 5 pour cent par an en moyenne au cours des quinze dernières années, est toutefois très réducteur.

L’effort visant à changer l’image de l’Afrique doit aller au-delà de la dimension économique pour inclure au moins deux autres aspects essentiels. Tout d’abord il convient de souligner qu’une croissance économique aussi robuste est principalement le résultat, d’une part, de fondamentaux solides, tant sur le plan économique que politique et d’autre part de l’effet de traction de la forte demande d’une classe moyenne et urbaine grandissante.En somme, cette croissance a de fortes chances d’être résiliente et durable.

Ensuite, l’Afrique est devenue un foyer d’investissements rentables et la hausse de l’investissement direct étranger témoigne de la confiance des investisseurs envers le continent.

Alors que l'investissement étranger direct a diminué globalement de 16% entre 2013 et 2014, causée par la fragilité de l'économie mondiale, l'incertitude politique et les risques géopolitiques dans certaines régions de l’Eurasie, l'IDE en Afrique est restée stable ; et meme en hausse de 5% en Afrique subsaharienne.

Le continent enregistre par ailleurs une nette amélioration en matière d’attractivité des investissements. L’Indice de Rentabilité de Référence, publié chaque année par le magazine Foreign Policy, est éloquent à cet égard. Il montre, dans son édition 2015, que 3 pays africains, à savoir le Botswana, le Ghana et la Zambie y figurent parmi les 10 meilleures destinations pour les investissements. En outre, des pays comme la Zambie et le Sénégal enregistrent les plus fortes améliorations de la rentabilité de l’investissement au cours des deux dernières années, avec des taux annuels d’amélioration respectivement de 8 et 7 pour cent, contre une amélioration moyenne de 1,5 pour cent au plan mondial.

Les faits militent ainsi en faveur d’une appréciation qui se veut plus favorable du développement du continent, et articulée autour d’un discours qui voit en l’Afrique le nouvel eldorado des investisseurs de capitaux !

Mesdames et Messieurs,

L’investissement n’a de portée transformatrice que par l’entreprise, car comme le disait à juste titre Joseph Schumpeter, « l’innovation est la force motrice du progrès économique, et les entrepreneurs sont les agents de l’innovation ».

Sans entreprenariat l’économie peine à s’inscrire dans une dynamique de croissance et à se réinventer dans la durée.

L’Observatoire Mondial de l’Entreprenariat, mieux connu sous son sigle anglais Global Entrepreneurship Monitor (GEM), rapport publié annuellement par un consortium d’universités, indique, dans sa dernière édition, que les économies africaines font preuve des valeurs sociales les plus élevées à l’égard de l’entreprenariat ;

En effet, 71,5 pour cent des africains considèrent « l’entreprenariat comme un bon choix de carrière », l’indice le plus élevé au monde. Sous ce rapport, l’entreprenariat est donc une vocation bien africaine.

Et je pense qu’on ne saurait trouver une meilleure et plus juste formule de « rebranding » que celle de Graça Machel quand elle dit que « l’entreprise est la nouvelle image de l’Afrique ».Le potentiel entrepreneurial est donc bien vivace en Afrique.

Mesdames et Messieurs,

La hausse des investissements est indispensable pour alimenter la créativité, l’énergie et l’innovation des entrepreneurs.

Je voudrais proposer trois axes d’orientation et d’actions, pour accélérer les investissements au profit de l’entreprenariat en Afrique.

Premièrement, il convient de libérer le potentiel des jeunes entrepreneurs, en passant des stratégies entrepreneuriales régies par la nécessité de survie à des stratégies entrepreneuriales orientées vers l’exploitation systématique des opportunités.

Des études récentes montrent que l’Afrique a l’un des taux de jeunes entrepreneurs potentiels parmi les plus élevés au monde (60 pour cent contre 17 pour cent en Asie).

Toutefois, une proportion importante des jeunes entrepreneurs du continent s’oriente vers l’entreprenariat par nécessité -- environ un tiers en Afrique contre 20 pour cent en Asie et en Amérique latine -- sans compter que la plupart d’entre eux opèrent dans des secteurs informels à forte précarité et à faible valeur ajoutée, tels que le commerce de détail.

Pourtant, l’Afrique regorge d’opportunités entrepreneuriales. De l’agriculture à la technologie numérique en passant par le tourisme, il existe un grand nombre de créneaux porteurs dont les entrepreneurs pourraient se saisir pour encore mieux contribuer à la dynamique de croissance économique.

Ces types d’entreprises existent, et un grand nombre d’entre elles sont des leaders de classe mondiale, tels que Dangote Group, Safaricom Ltd, Absa Group, MTN Group Ltd, Shanduka, Econet Wireless, Heirs Holdings, FamFa Oil Ltd, Konga.com, Tiossan, et Java Foods. Et cette liste est loin d’être exhaustive. Il s’agit de les émuler.

Par conséquent, le premier facteur clé du succès de l’investissement dans l’entrepreneuriat en Afrique est de valoriser et dynamiser cette culture émergente d’esprit d’entreprise, qui est, pour emprunter le mot d’Hernando De Soto, « el otro sendero », cet autre chemin du développement, qui libère la créativité des entreprises et transforme les opportunités en réalisations phénoménales.

C’est dans cette perspective que le PNUD, à travers notamment son Initiative Régionale sur les Marchés Inclusifs (mieux connue sous son sigle anglais AFIM, African Facility for Inclusive Markets) travaille sur la promotion de marchés inclusifs en Afrique à travers le développement et l'expansion des chaînes de valeur régionales dans des secteurs tels que l'agro-industrie.

Deuxièmement, les pays africains doivent mettre en place des cadres de politiques incitatrices et de soutien à l’entreprenariat. Faciliter l’acte d’investissement propulse le développement entrepreneurial.

Le cas du Rwanda fournit une illustration instructive. En l’espace d’un an, le pays a radicalement simplifié les procédures nécessaires à l’enregistrement des entreprises. Entre 2009 et 2010, le nombre de procédures nécessaires au démarrage d’une entreprise a été réduit de 8 à 2 et le délai requis pour ce faire est passé de 14 à 3 jours; et la création d’entreprises a connu un boom sans précédent.

Les politiques de contenu local devraient aussi être de mise. De telles politiques favorisent le développement des entreprises en les encourageant à ouvrir leur capital à des partenaires locaux et à investir dans les chaînes d’approvisionnement locales.

Le PNUD, dans le cadre de son soutien à la Vision Minière Africaine appuie des pays, comme le Libéria et le Mozambique, dans la formulation de telles politiques.

Les gouvernements doivent aussi utiliser l’arsenal des marchés publics comme levier stratégique pour promouvoir l’entreprenariat, en priorité les PME, qui représentent près de 90% de l’ensemble des entreprises et pourvoient plus de 50% des emplois.

Une utilisation judicieuse de la commande publique, qui représente en Afrique, en moyenne, 50 pour cent des dépenses publiques (ou 7,5 pour cent du PIB), peut amplifier le rythme d’expansion des entreprises.

Au Kenya, le gouvernement a une politique d’approvisionnement préférentielle qui prévoit de consacrer 30 pour cent des dépenses à des entreprises appartenant à des jeunes, des femmes ou des personnes handicapées.

Troisièmement, l’Afrique devra réinventer son mode de financement de l’entreprise. En pleine résonance avec le développement économique du continent, le secteur bancaire, principal financier de l’entreprise, est en pleine croissance en Afrique, avec une forte progression des actifs ; bien que le taux de bancarisation moyen (18%) est encore relativement faible comparativement à d’autres régions (28% en Asie et en Amérique Latine et 44% en Europe).

Mais le secteur bancaire en Afrique reste encore fragmenté et quelque peu distant de la demande croissante en financement d’investissement des entreprises. Il faut corriger ce hiatus en développant une autre forme d’intermédiation financière qui réconcilierait la banque avec la finance, et qui allierait la culture du risque avec celle de la rentabilité.

La résolution de cette asymétrie requiert une plus grande inclusion financière favorisant la promotion de nouvelles technologies, comme la banque mobile ainsi qu’une plus grande consolidation et syndication bancaire pour générer de réels rendements d’échelle afin de financer des opérations de taille.

Mesdames et messieurs,

Je voudrais conclure en réaffirmant que l’Afrique est assurément engagée sur la voie qui mène à la croissance inclusive et au développement. Cependant, cette dynamique doit être accélérée et amplifiée en vue de la réalisation de la vision de

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