Allocution de Monsieur Abdoulaye Mar Dieye, Directeur du Bureau Régional pour l’Afrique

14 oct. 2015

Monsieur le Premier Ministre du Sénégal,

Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Chefs de mission diplomatiques,

Mesdames et Messieurs les Représentants des organisations internationales et interafricaines,

Mesdames et Messieurs les Représentants de la société civile et du secteur privé,

Chers collègues du Système des Nations Unies,

Distingués invités, Mesdames, Messieurs

Nous sommes réunis aujourd’hui pour examiner une question cruciale pour le développement et la stabilité dans notre sous-région ; question au demeurant de portée continentale et mondiale. Et je voudrais vous remercier tous, au nom du PNUD, pour avoir bien voulu accepter de participer à ces consultations de très haut niveau sur une prospective pour la région du Sahel.

Je voudrais en particulier remercier le Gouvernement du Sénégal pour avoir abrité cette rencontre. La présence du Premier Ministre du Sénégal à l’ouverture de nos travaux témoigne de l’intérêt tout particulier que le gouvernement accorde à cette question.

Le Sahel est un condensé de complexités. Zone de transition entre le désert saharien et la savane soudanienne, il est aussi au confluent de plusieurs dynamiques. L’environnement, marqué par une sècheresse chronique, y est extrêmement vulnérable ; la prédominance de la monoculture et des cultures de rente rend les économies de la région très précaires et, finalement, le nomadisme et le pastoralisme transhumant sont à l’origine de mouvements de populations intenses.

La région sahélienne est un lieu géométrique de toutes les formes d’exclusions, fortement caractérisé par de grands espaces isolés et très éloignés des centres de gravité économiques nationaux, que sont les capitales administratives ; ceci rend sa gestion très difficile, y compris sa gestion concertée. Déjà très négligé durant la période coloniale qui a vu de rares efforts de développement se concentrer sur les zones côtières, le Sahel est aujourd’hui un espace sans infrastructure majeure.

Espace également sujet à des menaces sécuritaires et pont fluide vers l’émigration, la zone est perçue comme creuset de l’inter connectivité entre les épicentres de crises majeures telles que celles induites par les situations en Libye, au Nord du Mali, dans le pourtour du Lac Tchad et avec des débordements dans les pays frontaliers, tels que ceux affecté par Boko Haram et jusqu’à la difficile situation centrafricaine.

C’est donc indéniablement une zone de grandes incertitudes. Mais l’incertitude n’est pas une fatalité. Non seulement elle peut et doit être maitrisée ; mais plus encore, elle peut être transformée en opportunité !

Et il est un postulat que dans toute situation humaine l’avenir reste entre nos mains. La prospective vise, dans une démarche à la fois rationnelle et holistique, à se préparer aujourd'hui à demain. « Demain ne sera pas comme hier. Il sera nouveau et il dépendra de nous. Il est moins à découvrir qu'à inventer » disait Gaston Berger, le père de la prospective. Il tient donc à nous de construire le future que nous souhaitons !

Ce processus de construction du Sahel souhaité est bien l’objet de notre rencontre aujourd’hui. Il requerra cependant de prendre le recul nécessaire pour comprendre les causes structurelles de l’état de précarité et de fragilité du Sahel, ainsi que les limites des stratégies de réponse mises en oeuvre jusqu’à présent.

Parmi les causes structurelles, figurent les dynamiques démographiques de la région, qui accusent un taux de croissance (démographique) d’une moyenne de 3% par an, avec dans certains cas, un doublement de la population en moins d’une génération. Si la bande sahélo-saharienne, partant du Soudan jusqu’au Sénégal, comptait quelques 20 millions d’habitants dans les années 50, elle en compte aujourd’hui plus de 80 millions et devrait atteindre, selon certaines projections, plus de 200 millions en 2050. L’une des conséquences directes en est que plus de 60% de la population sahélienne est âgée de moins de 25 ans. Une jeunesse vive et dominante mais avec un taux d’emploi faible à laquelle la région doit faire face.

Cette croissance démographique exponentielle, cumulée à une urbanisation rapide bouleverse les modes de vie traditionnels et crée une pression sur la production alimentaire, ainsi que sur les ressources naturelles et les services sociaux.

Ces défis impliquent une réflexion sur le fondement des économies sahéliennes dont les taux de croissance plus qu’encourageants ne se traduisent pas systématiquement par une amélioration significative et durable du bien-être des populations.

L’enjeu est d’importance pour l’avenir de la région Sahel !

Les pays membres du Sahel, avec l’appui de l’ensemble de leurs partenaires, se sont néanmoins mobilisés au cours des quatre dernières années pour mettre en place un certain nombre de stratégies et d’initiatives spécifiques pour faire face aux situations présentent.

Une cartographie réalisée en novembre 2014 dans le cadre de la Plateforme Ministérielle de Coordination sous la présidence du Mali a recensé plus d’une dizaine de stratégies et initiatives analogues au niveau des organisations multilatérales. Ces velléités doivent s’insérer dans des agendas globaux qui représentent autant d’opportunités de convergence, mais aussi pour susciter et accompagner des changements structurels significatifs.

Comme vous le savez sans doute, les Nations Unies se sont armées d’une Stratégie Intégrée pour le Sahel. La raison d’être et la valeur ajoutée de cet instrument résident notamment dans la mise en exergue de la dimension régionale. Les agences et entités du système des Nations Unies dans la région du Sahel, tant au niveau des pays qu’au niveau régional, s’attachent également à promouvoir une approche intégrée sur les thèmes de la sécurité, de la résilience et de la gouvernance.

Je pense que nous sommes tous conscients de la nécessité de s’attaquer aux causes profondes de l’instabilité régionale, au premier rang desquelles s’inscrivent les questions relatives à la gouvernance. Les réalités et défis des espaces sahéliens nous conduisent à devoir aborder différemment ces questions, notamment en termes d’accès et de pérennité, ou encore en matière de gestion des ressources naturelles et des espaces frontaliers. Nous devons faire face à ces problématiques de manière prioritaire et concertée si nous voulons, tous ensemble, promouvoir une stabilité régionale durable.

Une vision prospective régionale permettrait ainsi d’identifier les facteurs structurels, conjoncturels ou déclencheurs de développement et de stabilité au Sahel. De même, les enjeux majeurs de l’ensemble des acteurs au Sahel pourront être étudiés pour leur intégration dans les scénarios définissant un futur désirable pour le Sahel. Les politiques mises en oeuvre obtiendront des résultats concluants lorsqu’elles parviendront à prendre en considération les dynamiques sous-jacentes ainsi que les besoins et intérêts de chacun. 

Pour ma part je demeure convaincu, que le Sahel, cette grande transversale de l’Afrique, recèle toutes les forces inhérentes à un trait d’union pour devenir, demain, un grand corridor de développement. Ce futur est possible. Il nous faut juste le construire.

C’est à cette démarche de construction, c’est-à-dire, d’échange et d’intégration, de raison et d’imagination, de réalisme et d’espoir, de réflexion et d‘enthousiasme, que nous vous invitons pendant ces deux journées.

Je vous remercie.

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