Lancement du processus d'élaboration du Rapport National sur le Développement Humain : Allocution de Monsieur Moustapha Soumaré, représentant résident des Nations Unies, coordinateur humanitaire et Représentant résident du PNUD

18 mars 2014

A l’occasion de la Cérémonie Officielle d’Installation des Comités de Pilotage et de Lancement des Travaux d’Elaboration du Rapport National sur le Développement Humain (RNDH) 2014 de la RDC 

Kinshasa, 18 mars 2014


Honorables Députés et Sénateurs,

Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement

Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Chefs de Mission de Coopération, Organisations internationales et Agences du Système des Nations Unies,

Mesdames et Messieurs les représentants des Organisations de la Société civile, 

Mesdames et Messieurs les représentants du Monde académique,

Chers Collègues du Système des Nations Unies;

Distingués participants à vos titres et qualités respectifs,

Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs,

Permettez-moi d’abord de vous remercier tous d’avoir pris un peu de votre temps pour honorer de votre présence cette cérémonie d’installation officielle des Comités de Pilotage et de lancement des travaux d’élaboration du Rapport National sur le Développement Humain 2014 de la République Démocratique du Congo. Votre participation personnelle à cette cérémonie témoigne, d’une part, de l’intérêt que vous portez à tout ce qui touche au développement de ce beau pays et, d’autre part, de l’attention particulière que vous accorderez, du moins je l’espère, au suivi et à la mise en œuvre des recommandations qui seront issues du dudit Rapport.

C’est donc un grand honneur et un réel plaisir pour moi de m’adresser ce jour à cette illustre  assemblée, au nom de mes collègues de l’ensemble des Institutions du Système des Nations Unies, sur la question cruciale du développement humain qui, faut-il le rappeler, est au cœur des préoccupations du gouvernement, de tous les partenaires techniques et financiers œuvrant sur le territoire national, et de l’ensemble de la population de la République Démocratique du Congo.  

Depuis 1990, le Programme des Nations pour le Développement appuie la préparation et la publication de Rapports nationaux présentant la situation des pays en matière de développement humain. Le rapport national sur le développement humain (RNDH) sert de référence aux débats sur les voies et moyens de relever les défis de développement humain auxquels les pays sont confrontés. C’est une étude indépendante qui suscite la réflexion et le débat autour d’une problématique essentielle pour le devenir des pays.

La notion de développement humain permet de mettre en exergue le poids central de l’être humain dans toutes les activités de développement. Depuis l’adoption de ce concept dans les années 90, il est désormais admis que le développement doit permettre d'élargir la gamme des choix offerts à la population pour accéder à l'emploi et à un niveau de revenu soutenable, à l'éducation, aux soins de santé, à un environnement sain, à la possibilité de participer pleinement aux décisions de la communauté et de jouir des libertés humaines, économiques et politiques.

Le processus d’élaboration du RNDH  comporte quatre principales phases dont la phase préparatoire, qui commence avec le choix du thème, suivant un processus participatif et inclusif, pour assurer l’adéquation du thème avec les questions essentielles et critiques du moment sur les progrès attendus de développement humain du pays. Cette première phase s’achève avec la mobilisation de toute la société autour du thème choisi, pour assurer une participation effective de tous au débat. Les trois autres phases, beaucoup plus techniques, sont consacrées à la recherche et la rédaction, à la production du rapport, à la sensibilisation et au suivi de la mise en œuvre des recommandations.


Honorables Députés et Sénateurs,

Mesdames et Messieurs les Ministres et Membres du Gouvernement;

Mesdames et Messieurs,

Depuis 2002, trois Rapports Nationaux sur le Développement Humain ont été élaborés et publiés en République démocratique du Congo, en collaboration avec les Organisations de la Société Civile et les Partenaires au Développement. Le dernier RNDH, dont le thème central était la « Décentralisation et la gouvernance démocratique face à l’impératif du développement humain », a été réalisé en 2010. 

Au regard des impératifs de développement du moment, l’idée de relancer le débat a pris corps et, le 20 février 2013, le Ministre du Plan et Suivi de la Mise en Œuvre de la Révolution de la Modernité a organisé, en collaboration avec les partenaires au développement, un atelier participatif et inclusif des composantes de la société congolaise au cours duquel le thème  « Cohésion Sociale pour l’Émergence de la RDC » a été identifié comme thème central du Rapport National sur le Développement Humain 2014.

Ce thème nous paraît d’autant plus indiqué que malgré les immenses richesses naturelles et les progrès réalisés ces dernières années dans les domaines de la démocratie, de la croissance et de la stabilité macroéconomique, la République Démocratique du Congo continue d’être en proie à une instabilité récurrente qui handicape sérieusement l’atteinte des objectifs de développement humain que se sont fixés tous les gouvernements successifs. 

Cet état d'instabilité est entretenue, entre autres, par des vagues successives de conflits armés, particulièrement à l’Est du pays, des crises humanitaires chroniques, des violations graves des droits de l'homme, une exploitation illégale des ressources naturelles, des rivalités intercommunautaires, une insuffisante capacité de l'armée et de la police à protéger efficacement le territoire national et à garantir l'ordre public, et enfin la faiblesse des systèmes judiciaire et pénitentiaire.

En conséquence, le pays connaît un état de développement caractérisé par des indicateurs de développement humain et social les plus faibles du monde. Il est classé 186ème sur 187 pays dans le Rapport sur le Développement Humain 2013. En outre, les résultats préliminaires de l’enquête 1-2-3 révèlent que la proportion de la population qui vit dans le sous-emploi s’est aggravée, passant de 73% en 2005 à près de 84% en 2012. De même, la pauvreté, bien qu’ayant un peu reculé depuis 2005, demeure généralisée en 2012 puisque près de 2/3 de la population, vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Pour faire face aux défis du moment, les autorités congolaises ont adopté une attitude volontariste visant à créer un environnement favorable à la paix et au développement humain. Le Gouvernement s’est ainsi assigné un certain nombre d’objectifs au nombre desquels : la promotion de la paix et de la bonne gouvernance, le développement d’infrastructures de base viables, l’éradication du chômage, le désendettement de l’Etat, l’intégration régionale et la lutte contre la pauvreté.

Cette volonté des autorités d’inverser les tendances s’est manifestée au travers de l’adoption d’un certain nombre d’outils de planification du développement, notamment : la Révolution de la modernité, le Document de la stratégie de croissance et de réduction de la pauvreté de 2ième génération, l’initiative Pays pauvres très endettés, la Facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance, l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République Démocratique du Congo et la Région.

En dépit de ces efforts, la récurrence des cycles de violence continue d'être un obstacle majeur au développement de la RDC. Il est en outre constaté que lors des crises précédentes, les efforts nationaux, régionaux et internationaux n’ont réussi, pour l'essentiel, qu’à lutter contre les manifestations immédiates de la crise et non les causes fondamentales de celle-ci. Pour rompre ce cycle de violence et assurer une paix durable dans le pays et la région, avec des répercussions certaines sur le développement du pays,  il est de plus en plus évident qu’une nouvelle approche globale, qui s'attaque aux causes sous-jacentes des conflits, doit être pensée et mise en œuvre. La ‘cohésion sociale’ est alors évoquée comme l’une de ces approches innovantes. C’est à ce titre qu’elle a constitué l’un des buts assignés aux concertations nationales, tenues à Kinshasa, du 7 septembre au 05 octobre 2013.

En effet, une société cohésive est celle qui œuvre au bien-être de tous ses membres, en réduisant les disparités et en évitant la marginalisation. 

Il est démontré qu’il existe un lien direct et positif entre la cohésion sociale et le bien-être à travers, notamment : la répartition des revenus, l’emploi, la transmission intergénérationnelle des opportunités de bien-être, les dépenses sociales. Ces éléments influent en effet sur la manière dont les individus se sentent ou non partie intégrante de la société.


Honorables Députés et Sénateurs,

Mesdames et Messieurs les Ministres et Membres du Gouvernement;

Mesdames et Messieurs,

C’est pour toutes ces raisons que le Programme des Nations Unies pour le Développement partage l’idée de ceux qui ont choisi le thème de la « Cohésion Sociale pour l’Émergence de la RDC », convaincu qu’une bonne exploitation de ce thème, avec des analyses économiques, sociales et politiques approfondies, pourra aider l’ensemble des acteurs sociaux du pays à faire les meilleurs choix de politiques de promotion du Développement humain durable en République Démocratique du Congo.

Pour clore mon propos, permettez-moi de rappeler que la réussite d’un tel processus est intimement liée au respect des six principes fondamentaux de préparation du Rapport national sur le développement humain. Il s’agit notamment de : (1) l’appropriation nationale, (2) l’autonomie d’analyses, (3) la recherche de la qualité dans les analyses, (4) l’approche participative et inclusive, (5) la flexibilité et la créativité dans la présentation et (6) le suivi soutenu. La rencontre de ce jour, qui s’inscrit en droite ligne de ces principes, vise non seulement à lancer officiellement les travaux de préparation du Rapport, mais aussi, à présenter solennellement les membres des équipes qui vont superviser, donner les orientations stratégiques, évaluer le travail, et garantir ainsi le respect des principes fondamentaux qui sous-tendent l’élaboration du Rapport. 

Je vous remercie.