Une voix pour l’autonomisation des femmes Pygmées en RDC

8 mars 2017

Régine Mboyo, femme Pygmée leader. Crédit photo: UNDP DRC / Marc Ngwanza / 2017

Activiste dans la promotion des droits de la femme Pygmée, Régine Mboyo n’a pas froid aux yeux. Elle contribue à faire bouger les lignes en encourageant les femmes autochtones à jouir des droits garantis par la constitution. Mais aussi en se rendant utiles à elles-mêmes, à leurs communautés et à la nation. Pour Régine, la voie à suivre passe par les études solides pour sortir du ghetto. Entretien avec une femme courageuse et engagée.

« En grandissant, j’ai été victime des discriminations à l’école et dans la rue. Personne ne voulait se mettre à côté de moi en classe. J’ai longtemps cru que c’était une malédiction que de naître Pygmée. Je traînais les pieds tous les matins en allant à l’école mais je n’avais pas le choix car sur ce point mon père était inflexible. Il nous disait que l’éducation était le chemin obligé pour s’affirmer dans la société. Toute ma vie j’ai vu que la femme autochtone était astreinte aux travaux durs et épuisants pour une rémunération dérisoire. J’ai relevé aussi le nombre grandissant de mariages précoces au sein de la communauté. Les filles sont mères entre 13 et 15 ans et finissent parfois comme chef de famille. Je sais que de nombreuses femmes et jeunes filles Pygmées subissent des viols. Dans la communauté, les femmes sont également discriminées par leurs maris et les hommes passent leur temps à boire. Tous ces problèmes m’ont amenée au fil du temps à créer l’association Solidarité pour la promotion de la femme autochtone car j’ai remarqué qu’en promouvant le droit de la femme, cela profite à toute la communauté.

Quel est le regard que les autres personnes portent sur vous aujourd’hui ?

Je suis respectée. Les autorités politico-administratives me consultent sur les questions concernant les peuples autochtones. Quand je dis que je suis Pygmée, les gens ne le croient pas parce qu’ils ont l’image stéréotypée d’une personne inculte, soumise, mal habillée qui mendie. Je vis et travaille avec les personnes d’autres tribus. Mes enfants étudient dans les écoles catholiques de Mbandaka. Ils ont pour camarades les enfants issus d’autres horizons. J’aimerais que le regard que les autres posent sur moi se reflète sur ma communauté.

Comment est née cette idée de créer une ONG pour promouvoir les femmes autochtones et comment-a-t-elle pris forme ?   

C’est un long processus de plus de 10 ans. J’ai pris conscience de cette situation à partir de 2005 lorsque j’ai été engagée comme réceptionniste dans l’ONG Programme d’appui technique pour la mobilisation et l’organisation sociale (Patmos). En parcourant les correspondances et en faisant le rapport journalier, je me suis rendue compte qu’il y avait des ONG qui s’intéressaient à la condition des peuples autochtones. Lorsque la Dynamique des Groupes des peuples autochtones (DGPA) a été créée en 2009, Patmos m’a déléguée pour participer à l’assemblée générale à Kinshasa où j’ai été nommée représentante de la Dynamique à Mbandaka. En janvier 2010, j’ai créé la Solidarité pour la promotion de la femme autochtone au niveau local, provincial, national et mondial. Elle est ouverte à tout le monde et j’ai des collaborateurs provenant de divers horizons et tribus.

Quels sont les objectifs que vous avez déjà atteints ?

Nous participons à l’éveil de conscience au sein de la communauté sur le respect des droits humains et la protection de la sécurisation de la forêt. Nous avons réalisé un atelier sur la loi foncière avec les chefs de terre. Si historiquement tout le monde reconnait que la terre appartient aux peuples autochtones comme premier occupant du bassin du fleuve Congo, ils n’en jouissent pas. Ils sont expropriés viennent vivre en ville dans les conditions infra humaines en ville où ils sont portefaix, charretier, sentinelles et mendiants.

Les femmes et les membres de la communauté ont été sensibilisés sur le processus électoral avec le concours de l’International Foundation for Electoral Systems (IFES). Ils ont été appelés à se faire enrôler en perspective des élections à venir. De ce fait, ils auront un document d’identité nationale, qui manquaient à de nombreux Pygmées. Les peuples autochtones doivent jouir de leurs droits civiques en commençant par le droit de vote car dans certains territoires, ils représentent entre 40 et 60% de la population. Nous sensibilisons particulièrement les femmes pour amener les enfants lors des campagnes de vaccination parce que généralement les femmes autochtones cachent leurs enfants et ne les vaccinent pas au motif qu’ils vont mourir. Notre organisation collabore avec un avocat qui suit en justice les dossiers des Pygmées victimes des abus divers.

 Quel est l’impact du projet que vous exécutez sur les femmes autochtones ?

Avec l’appui du Fonds pour l’environnement mondial et du PNUD, le projet de régénération forestière des espaces agricoles de Momboyo a mis en exergue le rôle important des femmes autochtones. En effet, dans le volet de l’aménagement des étangs communautaires, la main d’œuvre féminine est importante. Elles ont des ressources additionnelles en exécutant des travaux derrière leur habitation et gagnent en un jour le revenu d’une semaine. Nous profitons de ces occasions pour parler et vulgariser les questions spécifiques de la communauté, de la femme afin qu’elle bénéficie de tous les projets et accède à des postes de responsabilité qui étaient jadis réservés aux hommes. 

Quels sont les défis qui restent à relever pour l’émancipation des femmes pygmées ?

Je constate que la jeune fille et la femme autochtone sont encore victimes de violation des droits de l’homme. L’accès à l’éducation n’est pas garanti. Des cas de viols sont courants et elles sont parfois réduites aux filles de joie. Nous devons accroître nos efforts sur la sensibilisation de la loi portant protection de l’enfant afin que de cas de viols sur mineures soient déférés en justice. Je regrette le poids de la coutume dans nos relations. Les relations entre les Bantous et les femmes Pygmées sont réduites au concubinage donc au mariage clandestin. Je crois que dans ce domaine, il y a encore des paliers à franchir.

Les jeunes filles et femmes autochtones doivent arriver à vaincre le regard que les autres posent sur elles. Elles doivent envoyer leurs enfants à l’école et les y maintenir le plus longtemps possible. Je le fais avec mes enfants. Ils vont à l’école et ne sont pas complexés. J’aimerais qu’il y ait davantage de femmes autochtones enseignantes dans les milieux ruraux. De nos jours, le contexte évolue rapidement, et nous avons des opportunités de lutter et réduire sensiblement les stéréotypes sur notre communauté. Nous sommes des Congolaises au même titre que les autres et nous devons jouir pleinement des droits garantis par la constitution de notre pays. J’aimerais que nous ayons un député ou un ministre provincial issu de notre communauté. Au Sud-Kivu, il y a une femme autochtone ministre provinciale. Cela ne choque personne.

 

Propos recueillis par Marc Ngwanza

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Contact information

Pour plus d’informations sur ce projet, merci de contacter : Célestin Kabeya, coordonnateur national du SGP | Email : Celestin.kabeya@undp.org | Tél.: +243 (0) 85 810 55 33. (Kinshasa)

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