Sud-Ubangi : L’association Tomeka jette un pont entre les Ngbandi et Ngbaka

13 janv. 2017

Mme Jacqueline entre deux membres du comité de gestion de l’Association Tomeka, crédit photo PNUD/ Marc Ngwanza

Jacqueline AZUYADA, la trentaine révolue et teint sombre, mère de 5 enfants, assume seule depuis plus d’une année le rôle de chef de famille. Jacqueline est issue de la communauté Ngbandi. Sa vie a basculé avec l’histoire récente de la contrée marquée par les conflits intercommunautaires entre les membres des tribus Ngbandi de Ngbanda et Ngbaka de Lingotebe, territoire de Kungu, province du Sud-Ubangi. Fin 2015, un conflit foncier larvé sur une portion de forêt entre les deux communautés a tourné en affrontements sanglants. Le bilan est lourd : cinq morts dont deux par décapitation, 414 habitations incendiées et plus de trois mille déplacés. Dans un des villages, seules l’église et l’école primaire ont été épargnées. Toutes les habitations sont parties en fumée. « On ne pouvait plus se regarder en face. Aujourd’hui, la population est en train de revenir » rapporte un membre de la communauté Ngbandi. Le mari de Jacqueline qui est Ngbaka l’a quittée dans ces conditions sans donner signe de vie depuis.

Aujourd’hui Jacquie, comme on l’appelle couramment, a retrouvé la joie de vivre. Elle s’est épanouie depuis qu’elle s’est engagée au sein de l’association «Tomeka» (« Essayons » en français) qui assure la production et la commercialisation de l’huile de palme au village Kodjo. Membre élue de la structure dirigeante de «Tomeka», ses collègues la présentent comme la cheville ouvrière du projet. Jacquie est chargée de la production et de la commercialisation de l’huile de palme. « Mon avenir et celui de mes enfants reposent sur notre association. Elle m’a donné le goût de vivre et des ressources pour prendre en charge ma famille. »

Des négociations entre les deux communautés ont abouti à un accord de paix signé en février 2016. Mais il fallait l’accompagner par des actions pour renforcer la cohésion sociale entre les Ngbandi et les Ngbaka. Le PNUD est venu en appui à partir du mois de mars 2016 avec l’approche 3x6. Celle-ci consiste à assurer le relèvement communautaire grâce au financement japonais du projet «Réponse rapide à la stabilisation et la réintégration des communautés du Sud-Ubangi affectées par les conflits ». Dans ce cadre le PNUD a soutenu une initiative locale d’appui et d’accompagnement communautaire à la mise en œuvre des activités génératrices de revenus temporaires pour la consolidation et la promotion de culture de la paix dans la communauté NGBANDA-LINGOTEBE au Sud-Ubangi. Le projet a bénéficié de 150 000 dollars, investis en trois phases. La première a consisté à exécuter un travail à haute intensité de la main d’œuvre (HIMO) dont une partie de gain est épargnée pour être réinvestie dans une activité génératrice de revenus ; la deuxième phase a été l’investissement de l’épargne dans une activité rentable et profitable à la communauté et la dernière phase était d’assurer la pérennité de l’activité afin de générer des ressources à long terme aux membres. 

Une épargne solidaire pour pérenniser l’emploi

« J’ai travaillé pendant cinquante jours à la réhabilitation de la route de Ngbanda. J’ai perçu une partie du salaire et l’autre moitié était épargnée. Nous étions cinquante personnes, hommes et femmes, choisies sur base de notre vulnérabilité. A la fin du contrat, 25 membres de notre village soit 20 hommes et 5 femmes ont décidé de mettre ensemble notre épargne l’équivalent de 2 500 dollars pour lancer notre activité commerciale » explique Jacqueline. « Nous avons commencé l’exploitation de l’huile de palme à Gulukolo. Notre activité s’est vite développée et s’est étendue dans trois autres villages » ajoute la jeune femme.

« Pour faire fonctionner notre association génératrice de revenus, nous achetons des noix de palme égrappées qui sont par la suite ébouillantées. Les fruits ébouillantés sont déposés dans le malaxeur artisanal qui composé d’un demi-fût percé au fond et garni de pointes sur ses flancs. Un axe mobile en bois, lui aussi garni de pointes, joue un rôle de déchiqueteur et d’entraîneur de la masse de fruits. Le demi-fût est rempli de noix sur toute sa hauteur. Ce demi-fût dont le fond est percé, est placé au-dessus d’un trou creusé dans le sol qui permet de collecter le liquide s’écoulant en cours de malaxage. Le malaxage des fruits permet de libérer l’huile grâce à la pression exercée par l’axe en rotation par deux personnes qui le font tourner. En cours de malaxage, de l’eau bouillante est versée dans le malaxeur. Le mélange eau-huile s’écoule dans un collecteur et se déverse dans un bassin de réception. L’huile flotte au-dessus de l’eau et peut être aisément séparée ». L’extraction se fait généralement les avant-midis de lundi à samedi, ce qui laisse le temps aux membres de s’occuper de leurs travaux champêtres les après-midis.

L’association Tomeka dispose maintenant de quatre malaxeurs implantés dans quatre sites de production dans les villages  Kodjo, Gbado, Ngela et Wede. La division du travail a permis aux communautés qui étaient en conflit ouvert de réapprendre à vivre ensemble. « Notre travail a permis de renouer les relations avec nos voisins. Ils nous fournissent la matière première : la noix de palme qui nous sert à extraire l’huile que nous commercialisons dans les villages environnants. Depuis quelques mois, ils viennent eux-mêmes s’approvisionner auprès de nos unités de production. Nous produisons environ 1 600 litres d’huile de palme par mois. Notre association génère plus de 600 000 Fc par mois », précise le président de Tomeka.

La filière est rentable car l’huile est vendue au double du prix local au Congo Brazzaville voisin, mais il faut parcourir près de 210 Km à vélo. La production de l’huile de palme de Tomeka a eu des effets positifs dans les communautés environnantes. Les palmeraies laissées à l’abandon depuis des années sont entretenues et procurent des ressources à la population qui ne vit plus seulement des produits de la forêt. A la question de savoir si son mari revenait un jour, qu’allait-elle faire ? Jacqueline répond par un large sourire puis soupire «nous avons de jeunes enfants à élever. »

Marc Ngwanza

 

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