Projets de réintégration socio-économique : quand les acteurs de terrain innovent !

3 janv. 2017

Les hommes et les femmes engagés dans des travaux à haute intensité à Idjwi partagent un repas à l'heure de pause

Des éclats de rire surgissent de la cour d’une habitation aux murs de terre. Des outils et des brouettes garnissent l’entrée, bien alignés contre le mur. A l’intérieur de la parcelle, une quarantaine de personnes en salopette de travail s’affairent dans la bonne humeur à la cuisson et au partage d’un repas simple, composé de foufou (farine de manioc bouillie) et de haricots. La bâtisse est plantée sur une colline sculptée d’escaliers, dont les flancs vont s’éteindre dans les eaux du lac Kivu. Nous sommes sur l’île d’Idjwi où 250 bénéficiaires sont engagés dans des travaux à haute intensité de main d’œuvre qui dureront deux mois. Il s’agit de restaurer la fertilité du sol de plusieurs terrains agricoles vallonnés en y construisant des terrasses agricoles, efficaces contre l’érosion. 250 hommes et femmes participent à ce programme de réinsertion socioéconomique encadré par le Centre de Promotion Rurale (CPR) et soutenu par le PNUD grâce au financement du Japon à hauteur de 1.250.000 dollars américains. Ils ont été sélectionnés selon des critères de vulnérabilité, pour aider les plus démunis à sortir de l’extrême pauvreté.

Le projet suit l’Approche 3 x 6, une méthodologie spécifique créée par le PNUD pour améliorer la cohésion sociale et stimuler la relance économique des régions ayant été affectées par les crises. L’approche 3x6 est mise en œuvre par le PNUD et ses partenaires dans plusieurs régions de RDC. A Idjwi, après avoir réalisé des travaux sur chantier, les bénéficiaires seront soutenus dans une deuxième phase pour créer leurs propres activités génératrices de revenus. Ils bénéficieront de l’épargne générée par les travaux réalisés augmentés d’un fonds du PNUD. Au total ils reçoivent 300 dollars en raison de dollars de ration, 100 dollars de l’épargne et 100 dollars de subvention accordée par le projet. Sur cette île, les activités ont pris une couleur toute particulière: les partenaires d’exécution et les bénéficiaires se sont spécialement impliqués dans la mise en œuvre de l’approche, en y apportant améliorations et innovations !

Sélection des bénéficiaires : transparence et participation

A Idjwi, plus de 1500 candidats se sont portés volontaires pour participer aux travaux à haute intensité de main d’œuvre. Cependant, seuls 250 travailleurs pouvaient être engagés dans les travaux de restauration de la fertilité du sol. L’équipe du CPR a déployé une dose d’ingéniosité pour gérer l’engagement des candidats en toute impartialité.

Une méthode participative, inclusive et transparente a permis d’éviter les frustrations et suspicion de favoritisme : Un système de tirage au sort en présence de tous les candidats a été mis en place avec plusieurs témoins issus de la société civile et des autorités locales. Cette disposition a permis d’apaiser les tensions de mettre tout le monde d’accord sur la liste des candidats travailleurs retenus.

Lors du lancement du projet, les bénéficiaires ont défini en plénière un règlement des travaux 3x6. Pour une meilleure appropriation, le règlement du chantier a été co-élaboré par les travailleurs avec l’appui du CPR et des autorités locales. A Idjwi, les principes suivants ont été retenus et se révèlent un succès pour la rigueur de la mise en œuvre et la cohésion sociale : désigner un président du groupe, un chargé d’animation (motiver les travailleurs sur le chantier, désamorcer les tensions…), un chargé de communication (partage chaque matin sur le chantier des dernières informations locales), un gestionnaire du temps (respecter horaire de démarrage, temps de pause…). Fonctions dont la pertinence est en train d’être démontrée pour l’efficacité des travaux.

Le sport, allié des projets de développement

Lors de la phase de démarrage des travaux, les bénéficiaires ont suggéré l’organisation de matches amicaux de football (équipes féminines et masculines) pour renforcer la cohésion sociale et la connaissance de l’autre. Au terme des compétitions, des prix ont été remis par le CPR aux équipes gagnantes : des chèvres et des dindons qui ont ensuite été cuisinés pour tous sur le chantier. L’initiative sportive a permis de tisser des liens sociaux, la décrispation des tensions entre les 3 groupements locaux, le renforcement de l’auto estime des femmes. Ces dernières ont, en effet, démontré qu’elles savaient jouer au foot au même titre que les hommes…

Il est à souligner que le projet de réintégration socio-économique à Idjwi comporte une forte composante protection de l’environnement. Les travaux de lutte anti-érosion suivent les techniques de la permaculture qui permettent de revitaliser les sols et de lutter contre les problèmes d’insécurité alimentaire en augmentant la productivité des cultures.

A Idjwi, la situation socioéconomique des ménages est extrêmement difficile, la pression démographique et la diminution des ressources naturelles et agricoles poussent toujours plus les populations dans l’extrême pauvreté. La demande est énorme pour de nouveaux projets de type 3x6 pour aider davantage de citoyens vulnérables à améliorer leurs conditions de vie. La créativité et le sens de l’innovation des populations et acteurs locaux devront à l’avenir inciter les organisations de coopération à développer des projets au service du développement et de l’environnement à Idjwi.

Aude Rossignol

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