Kawa Maber : une coopérative engagée et solidaire au service d’un café d’excellence !

11 nov. 2016

Les cultivateurs procédant au tri des grains de café dépulpés. Seuls les meilleurs sont gardés pour la commercialisation. Crédit photo: PNUD RDC / Aude Rossignol / 2016

Quel est le lien entre une tasse de café, la lutte contre les conflits, la recherche de l’excellence et la préservation de l’environnement ? Pour la réponse, adressez-vous aux 2300 producteurs de la coopérative Kawa Maber en Ituri !

Suite aux conflits meurtriers entre Lendu et Hema qui ont déstabilisé la province de l’Ituri jusqu’en 2003, le PNUD a initié un projet de réintégration socio-économique en 2005 dans le secteur du développement de la filière du café. L’objectif premier était la réconciliation sociale et la création de revenus pour les ex-combattants et leurs communautés. La région était déjà propice aux plantations de café, présentes dans plusieurs communautés depuis 1936, importées à l’époque par les belges. Les caféiculteurs ont été encadrés et regroupés dans la Fédération des Producteurs de Café Arabica de l’Ituri (FPCAI), comptant 32 unions des producteurs de café (UPC) de 200 à 300 caféiculteurs chacune. Au début, des pépinières ont été créées et les plants de café distribués aux cultivateurs. A travers la  FPCAI les producteurs ont appris non seulement à cohabiter et travailler ensemble, mais aussi à traiter le café pour la vente sur le marché local. Le soutien du PNUD a pris fin en 2007 et les cultivateurs ont continué solidairement de produire du café, pour le vendre principalement sur le marché ougandais. Toute la production de l’Ituri estimée à plus de 10.000 tonnes de café marchand était vendue sous forme de parche à l’Ouganda pendant plus ou moins deux décennies.

En 2014, quand l’ONG Veco a démarré un projet d’appui aux structures de caféiculteurs en Ituri, elle s’est tournée vers la FPCAI pour appuyer les caféiculteurs membres de la structure et les aider à vendre leurs productions à l’étranger conformément aux exigences de l’OIC, et ce, principalement aux USA. Un mot d’ordre : cultiver un café de haute qualité, en mode bio, pour exporter et tirer davantage de revenus. La coopérative Kawa Maber (« Café Excellent ») est née et les producteurs se sont battus pour améliorer la qualité de leur café. En 2015 le PNUD s’est joint à l’initiative et a apporté son soutien en termes de construction d’infrastructures et de renforcement des capacités pour accompagner la coopérative vers l’autonomisation. Les résultats ne se sont pas fait attendre: en 2014 la coopérative a exporté 17,1 tonnes de café marchand de spécialité aux USA, et 33,42 tonnes en 2015 ! Lors de la dernière vente, le kilo de café a été vendu à 4USD/kilo.

Un café très bien coté

Plusieurs micro-stations de lavage et de traitement du café ont été créées dans la coopérative de caféiculteurs et en forment des sections. Celles-ci permettent de collecter et de transformer les cerises en café  parche. 5 kilos de café cerise (baies récoltées lors de la cueillette) donnent, après traitement et séchage, 1 kg de café parche. Après collecte du café parche au niveau de la coopérative, les grains sont déparchées en vue de l’exportation sous forme de café marchand. Une tonne de café parche donne 800 kgs de café marchand exportable bien trié.

Depuis 2014, le café de la coopérative Kawa Maber dépasse la note d’évaluation de 83%, selon les normes internationales de cotation. Ce qui le place dans la catégorie du café dit de spécialité*, garantissant un meilleur prix. Mais les producteurs ne veulent pas en rester là ! Ils travaillent dur pour dépasser cette qualité et placer leur café dans la catégorie supérieure dite «café gourmet ». Les évaluations positives du café de Kawa Maber par les acteurs internationaux améliorent in fine les revenus des cultivateurs, leur production étant vendue à de meilleurs prix. Des démarches de certification bio et du commerce équitable sont également en cours. 

Actuellement, les membres de Kawa Maber souhaitent pousser davantage leur productivité et développent des pépinières pour planter de nouveaux caféiers. En 2015, les pépinières installées dans les différentes micro-stations ont permis de distribuer 300 000 plantules pour installer des nouveaux champs, rajeunir les vieux vergers et élargir les  vergers existants. Des essences d’arbres locales ont été également développées en pépinières. Une fois replantés, ces arbres apporteront l’ombre nécessaire aux caféiers pour se développer et la reforestation pourra avoir un impact plus large contre les changements climatiques.

Apprendre par la pratique

Dans l’optique de renforcer la formation permanente des petits producteurs de café, Kawa Maber a créé des champs-écoles paysans. Les caféiculteurs peuvent y échanger leurs expériences et apprendre les techniques d’amélioration de la productivité, tout en préservant l’environnement: taille des caféiers, construction de barrières anti érosives, augmentation de l’ombrage grâce à la plantation de bananiers, développement du compostage, de la technique du paillage, lutte biologique contre les insectes nuisibles comme le borer…

Les producteurs ont également développé un système de solidarité en se structurant en mutuelles de solidarités, (Muso) pour stimuler l’épargne et les prêts solidaires. A ce jour, environ 23 Muso sont opérationnelles.

Les communautés de cultivateurs étant dispersées sur un territoire vaste aux infrastructures routières peu développées, les communications entre la coopérative et les groupements de producteurs passent principalement par la téléphonie mobile. Les cultivateurs envoient des sms pour communiquer la quantité journalière de café collecté, les liquidités disponibles et informer de l’état du matériel dans leur secteur. Les agents  de la coopérative circulent régulièrement sur le terrain pour évaluer d’abord la qualité des productions dans les champs de café, conseiller les producteurs et assurer le suivi du processus de traitement des cerises pour l’obtention de la parche de qualité excellente. Cette communication et réactivité de la coopérative est importante pour obtenir des créneaux de commercialisation. Comme en témoigne Thomas Anman, superviseur du secteur de Mahagi, un des principaux atouts de la coopérative est d’avoir ouvert le marché de la vente à l’international : « Autrefois nous devions aller vendre notre production de café en Ouganda et payer des taxes. Actuellement nous vendons notre café pour l’exportation à partir de notre communauté et nous sommes payés en monnaie locale, c’est plus avantageux. Les francs congolais peuvent être directement utilisés pour payer les frais scolaires des enfants. »

Mais les défis de taille subsistent pour améliorer la rémunération et les conditions de vie des producteurs. D’une part, du côté de la coopérative l’accès au crédit commercial pour le financement des campagnes de récolte du café reste le problème principal afin de permettre le paiement immédiat des producteurs, et d’autre part, du côté des producteurs l’accès au micro crédit pour subvenir aux besoins pressants constitue un autre problème. Anifa, cultivatrice de la communauté d’Afoyo et membre de la coopérative Kawa Maber témoigne « Pour le moment en cas de problème financier, nous devons mettre nos plantations en gage pour emprunter des liquidités. La mise en place de mécanismes de micro crédit pour pallier au système des hypothèques est importante. Le manque d’accès au cash nous fragilise. Certains producteurs en manque d’argent préfèrent vendre aux intermédiaires ougandais qui offrent de mauvais prix pour disposer rapidement de fonds pour faire face au quotidien. »

Dans l’attente d’identifier les opportunités de crédit adéquates pour cette structure performante et en expansion, les paysans affiliés de Kawa Maber maintiennent l’espoir et une vision d’avenir forte : Développer une production de café davantage respectueuse de l’environnement, équitable et de qualité.

 

Aude Rossignol

 

*le "café de spécialité" est devenu un label générique couvrant une gamme de cafés différents, qui obtiennent un surprix par rapport aux autres cafés ou qui sont perçus par les consommateurs comme étant différents des marques de café classique largement disponibles

 

 

 

 

PNUD Dans le monde

Vous êtes à PNUD Congo (République démocratique du) 
Aller à PNUD Global

A

Afghanistan Afrique du sud Albanie Algérie Angola Arabie saoudite Argentine Arménie Azerbaïdjan

B

Bahreïn Bangladesh Barbade Bélarus Bélize Bénin Bhoutan Bolivie Bosnie-Herzégovine Botswana Brésil Bureau du Pacifique Burkina Faso Burundi

C

Cambodge Cameroun Cap-Vert Centrafrique (République centrafricaine) Chili Chine Chypre Colombie Comores Congo (République démocratique du) Congo (République du) Corée (République populaire démocratique de) Costa Rica Côte d'Ivoire Croatie Cuba

D

Djibouti

E

Egypte El Salvador Emirats arabes unis Equateur Erythrée Ethiopie

G

Gabon Gambie Géorgie Ghana Guatemala Guinée Guinée-Bissau Guinée équatoriale Guyane

H

Haïti Honduras

I

Ile Maurice et Seychelles Inde Indonésie Irak (République d') Iran

J

Jamaïque Jordanie

K

Kazakhstan Kenya Kirghizistan Kosovo (selon RCSNU 1244) Koweït

L

Laos Lesotho Liban Libéria Libye L’Ex-République yougoslave de Macédoine

M

Madagascar Malaisie Malawi Maldives Mali Maroc Mauritanie Mexique Moldova Mongolie Monténégro Mozambique Myanmar

N

Namibie Népal Nicaragua Niger Nigéria

O

Ouganda

P

Pakistan Panama Papouasie-Nouvelle-Guinée Paraguay Pérou Philippines Programme palestinien

R

République dominicaine Russie (Fédération de) Rwanda

S

Samoa São Tomé-et-Principe Sénégal Serbie Sierra Leone Somalie Soudan Soudan du Sud Sri Lanka Suriname Swaziland Syrie

T

Tadjikistan Tanzanie Tchad Thaïlande Timor-Leste Togo Trinité et Tobago Tunisie Turkménistan Turquie

U

Ukraine Uruguay Uzbekistan

V

Venezuela Viet Nam

Y

Yémen

Z

Zambie Zimbabwe