Se battre pour les droits socio-économiques des Pygmées

25 févr. 2015

Diel Mochire, Imani Olive et leurs enfants. © Josué Mulamba-PNUD 2014

Diel Mochire : "Mon père m’a appris que nous étions différents des autres."
 
"J’ai appris à m’accepter dès mon jeune âge. Je suis Pygmée. J’ai souffert de discrimination dans ma jeunesse. En sixième année primaire,  j’étais le seul Pygmée de la classe. Mes condisciples m’avaient surnommé  "bushman" parce que nous avions appris à l’école que les "bushmen" étaient des personnes de petite taille et qu’ils n’avaient droit à aucune considération dans la société. C’était déjà une façon de placer une barrière entre eux et moi", déclare Diel Mochire, 35 ans, membre de la première ethnie habitant la République démocratique du Congo.
 
Marié et père de trois enfants, il est vice-président et chargé de programme de l’ONG Programme d’Intégration pour le Développement de peuple pygmée (PIDP), basée à Goma, au Nord-Kivu. Diel est né pour faire bouger les choses, souligne-t-il. 
 
Teint clair et regard perçant, Diel est entre deux avions depuis bientôt deux ans pour défendre la cause des peuples autochtones de RDC. Il est le point focal du réseau national pour la défense des peuples autochtones du Congo et un des leaders de sa communauté au Nord-Kivu. Participant actif à l’atelier de finalisation du texte du projet d'édit portant protection des peuples autochtones dans la province du Nord-Kivu, organisé à Goma avec l’appui technique et financier du PNUD, son exposé résume les discriminations dont les membres de sa communauté sont victimes au Nord-Kivu. Mais il ne se limite pas au constat. Il propose des pistes de solution pour les aider à bénéficier des droits reconnus à tous les Congolais dans la Constitution. 
 
Pas de terre, pas d’identité
 
"Au Congo, la terre définit l’identité d’un peuple. Les Pygmées n’ont plus de terre. Leurs terres sont devenues des aires protégées. Ils n’ont plus d’identité", martèle Diel Mochire d’une voix ferme. Cette réalité est vécue par les Bambuti au Nord-Kivu. À Burayi, un hameau près de Bwisha, une petite communauté a été "fixée" par les autorités coloniales avant 1960. Leur espace vital d’antan fait partie du parc des Virunga. Elle vit sans grande friction avec la population locale majoritairement hutue. Mais les Pygmées ne sont pas propriétaires fonciers. "Pourquoi nous avoir fait sortir de la forêt (parc) pour vivre ici ? Nous n’avons pas de terre, nos enfants ne vont pas l’école. Nos filles se marient avec les hommes d’autres tribus mais elles sont méprisées. Ces hommes ne versent pas la dot. C’est comme un acte de viol. Ils les épousent mais elles ne bénéficient  pas de la même considération que les autres femmes. Nos femmes sont prises en otage après chaque accouchement parce que nous n’avons pas des ressources pour payer les frais d’hospitalisation. Nous devons faire des travaux en compensation pour qu’elles sortent de l’hôpital", martèle encore le responsable de la communauté. 
 
C’est pourquoi, l’atelier de Goma sur la protection des populations autochtones suscite un peu d’espoir chez les Bambuti. En effet, des revendications des peuples autochtones au Nord-Kivu ont été prises en compte dans le projet d’édit. "Le délai d’enregistrement  gratuit à l’État civil des mariages et des naissances des membres de la communauté est passé de 3 mois à 5 ans, à dater de la signature de l’édit par le gouverneur du Nord-Kivu. Le texte en préparation reconnaît également le droit foncier. En clair, des Pygmées comme toutes les ethnies de la RDC vont devenir propriétaires de leur terre et en tirer tous les bénéfices du fait de sa mise en valeur et de son exploitation, explique André Mazyambo, Expert du PNUD.
 
Une vie parsemée d’obstacles
 
Dans le quartier Katindo de Goma où Diel Mochire habite, tout le monde le connaît comme le président des Bambuti, les Pygmées. Face à l’adversité, Diel n’a jamais baissé les bras. Il s’est fixé un objectif : la reconnaissance des droits socio-économiques des Pygmées en République démocratique du Congo en partant du Nord-Kivu. De Lukando, son village natal dans le Walikale, Nord-Kivu, jusqu’à Bukavu où il a décroché son diplôme en sciences politiques et administratives à l’université Simon Kimbangu, sa vie a été un parcours de sauts d’obstacles. Et son destin bascule quand, très jeune, il quitte ses parents pour aller vivre avec son oncle maternel au Sud-Kivu qui  l’inscrit à l’école primaire. « Je suis issu d’une famille pauvre. Mes oncles maternels m’ont inscrit à l’école. Mes frères et mes sœurs qui sont restés avec mes parents ne savent ni lire ni écrire. Je n’avais pas toujours les objets classiques et les manuels scolaires au complet. Mes oncles devraient travailler deux fois plus pour nous prendre en charge. Je me souviens que j’allais à l’école pieds nus", reprend Diel d’une voix monocorde. Tout jeune, il fallait affronter les regards des autres. Dans le village, la pire des injures pour les enfants était de le traiter de Pygmée. "Des bagarres éclataient pour cela. Je ne comprenais pas pourquoi".
 
Durant ses études secondaires à Bukavu, Diel s’était forgé une carapace d’éléphant qu’une flèche ne pouvait pas blesser facilement. "Je minimisais tout ce qui se disait de moi. C’était ma seule chance d’aller de l’avant", précise Diel Mochire. Son diplôme d’études secondaires en poche, Diel se fixe un autre défi : poursuivre des études universitaires. Il choisit la ville de Bukavu et l’université Simon Kimbangu où il s’inscrit en sciences politiques et administratives. Ses études lui donnent un objectif pour la vie : défendre les plus faibles en particulier les membres de sa communauté. Il se rend compte que s’il a eu la chance d’étudier, beaucoup d’enfants de sa communauté ne vont pas l’école. Avec des amis, ils s’engagent dans le Programme d’Intégration pour le Développement de peuple Pygmée, PIDEP, dont la dénomination résume bien son plan d’action. Sur un effectif de 10 personnes, le PIDEP compte sept Pygmées. "Nous travaillons bénévolement au PIDEP mais je prends en charge ma famille grâce à mes consultances", insiste Diel. "Nous encourageons les jeunes Pygmées à aller à l’école. Nous leur fournissons des matériels scolaires. Mais nous remarquons aussi que les villages pygmées sont très éloignés des centres de santé et des écoles. C’est un handicap majeur."
 
Fonder un foyer interculturel
 
Le mariage de Diel était un autre parcours du combattant car il a épousé une jeune fille Bantoue. Il a affronté les préjugés et les stéréotypes liés à ses origines. Ce mariage  était une grande honte pour sa belle-famille. "Ma famille, aussi, était contre ce mariage. Mes parents voulaient que j’épouse une fille de notre communauté. Ses parents étaient gênés de voir leur fille se marier à un Pygmée», explique Diel. Mais peu à peu le regard a changé et l’intégration est devenue réalité. «Dans le quartier, nous sommes un couple ordinaire. Nous ne sommes pas des objets de curiosité. Nous sommes peut-être un exemple d’intégration. Notre défi, c’est d’élever dignement nos enfants", souligne Imani Olive, épouse de Diel Mochire. Leur détermination à fonder un foyer et le temps passé ensemble leur ont donné raison. La famille Mochire repose sur une base solide. Trois jolies filles font le bonheur de leurs parents. "Aujourd’hui ma belle-famille me consulte avant de prendre une décision majeure. Je suis maintenant accepté dans la famille", conclut Diel. Pour les membres de sa communauté, il est une raison  de fierté et d’émulation. 
 
Marc NGWANZA
 
Les pygmées en en RDC chiffres :
 
- Dans la province du Nord-Kivu, le PIDP estime à 23.000 pygmées sans compter ceux qui habitent des zones inaccessibles 
 
- Le Programme pour l’intégration du peuple pygmée au Nord-Kivu évalue entre 700.000 autochtones Pygmées vivant dans 9 sur 11 provinces  de la RDC (Nord-Kivu, Sud-Kivu, Bandundu, Equateur, Katanga, Kasaï Oriental, Kasaï Occidental, Maniema et Province Orientale).

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