PORTRAIT D'EMILIE MAYABU «L’écriture : un besoin, une passion et un moyen pour changer la société»

08 mars 2014

« Femme simple, femme au foyer», c’est en ces termes que se présente Madame Emilie Mayabu, l’une des rares romancières congolaises  qui met le combat pour l’égalité du Genre au centre de ses écrits. Née le 08 mars, la soixantaine révolue, mariée et mère de six enfants dont cinq garçons et une fille, de nature calme et réservée, Emilie Mayabu a choisi d’écrire, d’abord,  pour exprimer son besoin de communiquer et  sa passion du livre. Mais également, elle se sert de sa plume pour sensibiliser la société congolaise en général, et la femme en particulier en dénonçant certains comportements et déviations qui sont à la base de la dépravation des mœurs et de la destruction de la société.

Passionnée de  lecture depuis son jeune âge, Emilie a passé son enfance en France où elle  a eu l’occasion de se former, de s’informer et se documenter pour forger son talent d’écrivaine. Elle a également fréquenté l’Institut de Commerce  en Suisse qui lui a permis plus tard de se lancer dans le commerce à son propre compte. Toute sa vie, elle a choisi de s’occuper de ses enfants et de son foyer tout en écrivant à ses heures perdues.  Elle se sert de sa main et d’un stylo à billes pour coucher sur papier toutes ses pensées, réflexions, observations et recommandations de la vie.

À son actif, elle a publié plusieurs ouvrages dont « Un garçon vaut deux filles » qui a remporté le Prix du Cinquantaine de l’Indépendance de la RDC. Ce livre dépeint la société congolaise à travers la perception qu’elle s’est bâtie à propos de l’égalité des sexes. L’homme est vu avec beaucoup de considération et respect alors que la femme considérée comme un objet, une moins que rien. Et puis vient « Ba ngulu » publié en 1989 qui décrit le phénomène de l’immigration clandestine des jeunes Congolais en Europe, assimilé à la traite d’êtres humains par les Européens. Cette publication a reçu le second prix lors de la première fête du livre en RDC organisée à l’Institut français, en 2013. Dans un style raffiné et lapidaire, pour emballer et pousser ses lecteurs à s’évader, Emilie creuse différents thèmes liés à la vie : l’amour, la femme et l’homme, la haine, les problèmes de société, la vie de tous les jours…bref les aléas du quotidien.  

Un nouveau roman vient de voir le jour « Le jour de la femme » ; un récit de 123 pages qui décrit  les déviations et débordements constatés lors de la célébration de la Journée Internationale de la femme le 08 mars de chaque année. Des faits atroces et d’autres banals se produisent ce jour-là  dont  les conséquences sont parfois… incalculables. C’est  le cas de l’histoire de deux personnages, dont la jeune fille Douria, tuée par sa marâtre pour avoir reçu de son père un « Wax 8 mars » et celle de Vina, une journaliste « assez sage » qui s’est enivrée lors de la fête et s’est retrouvée  engrossée par un inconnu à la suite d’un manque de contrôle et d’attention sur son propre comportement..

Emilie Mayabu est d’avis que la célébration de la Journée Internationale de la femme ne devrait pas se limiter au port du pagne car la Congolaise a toujours porté le pagne et l’histoire nous renseigne clairement sur cela. Cette journée devrait plus tôt servir d’occasion aux hommes et aux femmes de penser aux maux qui rongent nos sociétés et qui font que la femme est encore reléguée au second plan.

Son message est clair : « les femmes doivent se prendre en charge pour une égalité et une équité dans la gestion de la vie communautaire et étatique ». Une femme travailleuse est épanouie, elle prend en charge sa famille et ses enfants, et apporte sa contribution au développement de son foyer, sa famille, sa communauté et de son pays. Elle ne voit pas l’importance de consacrer la Journée de l’homme car, selon elle, on parle de l’homme tous les jours et on n’accorde pas attention à la femme pendant l’année. C’est pour corriger les discriminations et inégalités dont la femme a été victime pendant des siècles qu’on a consacré cette journée de la Femme, le 8 mars, pour rappeler au monde entier que la femme existe et qu’elle est un être humain à part entière. « Les hommes ont toujours eu ce qu’ils désirent et la société leur a offert une position de supériorité. Ils n’ont pas besoin d’une journée spécialement pour eux », dit-elle.

« Le jour de la femme » est un roman qui dit tout haut ce que les autres dénoncent tout bas. Il est un outil de plaidoyer pour que la perception de la femme change et qu’elle soit orientée vers la revendication des droits reconnus officiellement par la Constitution congolaise et d’autres textes fondamentaux.  

Emilie Mayabu détient également plusieurs manuscrits qu’elle compte publier dans les jours à venir. Ses couleurs favorites : le  rouge et le jaune ; elle adore manger le haricot. Son principal défaut ? le manque de dynamisme dans ses projets. Son souhait et de voir la femme en général, et la Congolaise en particulier, s’affranchir des stéréotypes et autres considérations négatives imposés par la culture et la société, et travailler pour le respect de l’égalité, la justice et équité et apporter sa pierre à la construction du pays.

Clarisse MUSEME