Lohanga (Nord Kivu): de la résolution des conflits fonciers au relèvement communautaire

06 déc. 2013

imageLes enfants de Luhonga connaissent l’importance de la terre en tant que source de revenus. Crédit: Covadonga Murias Quintana / UNHabitat, 2013

Par Covadonga Murias Quintana et Patient Ndoole, UNHabitat RDC.

"La terre nous aide à cultiver et lors de la récolte, nous mangeons une partie et l’autre est vendue pour permettre aux parents de nous scolariser, de nous nourrir et de nous vêtir, pour que nous puissions bien vivre". C’est le témoignage des enfants de Luhonga, une localité agropastorale située à moins de 5 Km de la cité de Sake, province du Nord Kivu, où la vie est intimement liée à la terre.

Dans le cadre de la stratégie de consolidation de la paix et de la cohésion sociale à l’Est de la RD Congo, le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) et UN-Habitat exécutent un projet conjoint pour la sécurisation foncière intégrée de cette localité. Ce programme pilote, financé par le Royaume des Pays Bas, va permettre de tester une nouvelle approche qui prend en compte le caractère transversal du foncier.

Le projet prévoit d’accompagner les activités agricoles en favorisant l’accès et la sécurisation durable à la ressource naturelle "terre" comme principal support de la production agricole et du développement socio-économique visant le relèvement de la communauté. Les activités de médiation des conflits fonciers et de sécurisation des droits fonciers sont donc censées être plus efficaces pour cimenter les liens sociaux au bénéfice de toute la communauté.

UN-Habitat a été la première agence à intervenir sur ce terrain en 2011 à travers la médiation des conflits fonciers qui opposaient "la population locale au propriétaire des concessions", explique Honoré Banyene, spécialiste foncier et point focal d’UN-Habitat pour le projet.

Emilia*, l'une des habitantes de Lohanga, en témoigne: "Je suis née ici, mais quand la guerre a éclaté (en 2008, ndlr), j'ai dû m'enfuir avec mes quatre enfants et mon mari - quand nous sommes revenus du camp de déplacés un an plus tard, ma maison avait été détruite et on n'avait plus accès aux champs qu'on cultivait avant."

"UN-Habitat et ses partenaires ont pu apaiser les tensions entre la population et le concessionnaire en procédant au re-mesurage des concessions; un excédent de 24 hectares s’était dégagé à l’issue du re-mesurage, excédent remis à la communauté locale à la suite d’un plaidoyer" confie M. Banyene. Maintenant le projet se trouve dans la phase de sécurisation des droits fonciers des communautés pour éviter la remise en question des terres, étape indispensable avant d’amorcer des activités agricoles et de développement durable.

Consolider la paix

"Ce projet conjoint vient à la rencontre de la population pour savoir ce qui est important en matière agricole et économique pour consolider la paix, la cohésion sociale entre communautés, entre concessionnaires et population", explique Jean-François Dubuisson, spécialiste en développement communautaire et coordonnateur des projets du PNUD, après une séance de travail à Luhonga pour identifier de manière participative les activités de relèvement communautaire. Concrètement, l’identification et l’exécution des activités reposent sur des structures communautaires afin de garantir cette approche participative.

Des formations en menuiserie, fabrication artisanale de savon, coupe et couture, coiffure et esthétique, confection de pains, maçonnerie, fabrication "tshikudu" et des foyers améliorés ont été identifiés par les jeunes de Luhonga, confie M. Dubuisson. "Les mamans (les femmes, ndlr) en particulier pensent qu’avoir un marché permettra de stabiliser la population. Dans la foulée, une adduction d’eau et un point d’eau pour les vaches doivent être renforcés, de même qu’un terrain de football, autant d’activités pour consolider la cohésion entre population et communauté riveraine", ajoute-t-il.

Le projet "accompagne aussi les paysans dans les activités champêtres pour améliorer la production agricole avec des activités dirigées par FAO et ses partenaires", explique Claude Malibabo, point focal de l’agence. Des activités focalisées sur la structuration des groupes de producteurs et des organisations paysannes sont en train d’être menées. Le projet prévoit aussi de distribuer de façon progressive des intrants agricoles et d’organiser des formations sur les bonnes pratiques agricoles via les Champs Ecoles Paysans (CEP), toujours avec un accent très particulier sur le droit foncier des femmes, de quoi satisfaire la Femme de Luhonga qui n’a que la terre comme principale source de revenus.

"Nous accueillons ce projet qui va nous permettre de recouvrer la terre où cultiver et d’avoir des semences », explique Machozi Pilipli, une des femmes cultivatrices. De son côté, Uzamukunda, une autre femme cultivatrice de Luhonga explique que l’espace à cultiver reste insuffisant; nous demandons assez de terres et d’autres cultures car c’est notre seule activité de survie".

En tant qu’initiative pilote des trois agences PNUD, FAO, UN-Habitat, les effets positifs de l’expérience seront modélisés avec l’objectif de reproduire des initiatives de sécurisation foncière intégrée dans d’autres zones de la RDC, où le besoin de la cohésion sociale entre communautés se fait aussi sentir.