Reconstruire les communautés rurales congolaises

09 oct. 2013

imageAprès avoir suivi une formation au CCP d’Isale Bulambo, les femmes vendent leurs savons sur les marchés et en tirent des revenus qui font vivre leur ménage. Crédit photo Jin-Hee Dieu, PNUD Goma.

« Wamama Mulamuke ! », « Les mamans, réveillez-vous ! » chantent les femmes du Centre Communautaire Polyvalent (CCP) de Burusi dans le Nord-Kivu en République démocratique du Congo (RDC). Grâce aux différentes productions de savon, paniers tissés, ensembles tricotés, tissus teints et autre élevage de mouton et lapin, ces veuves de guerre, victimes de violences sexuelles et mères de famille nombreuse jusqu’alors sans revenus, ont pu réveiller leur vie dans le cadre d’un projet de relèvement communautaire mis en place par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).
Le CCP est un foyer d’apprentissage des métiers et un cadre social où les femmes se rencontrent et partagent leurs expériences. Chaque centre est géré par les bénéficiaires et est sous tutelle de la division provinciale du « genre, famille et enfant ». L’apprentissage se fait en équipes ; une fois la première équipe formée, elle forme à son tour l’équipe suivante.

A travers son programme de relèvement communautaire, le PNUD contribue à réduire la vulnérabilité et à assurer l’autonomisation des personnes vulnérables, particulièrement les femmes et filles victimes de violences sexuelles et basées sur le genre (VSBG). Il favorise leur réintégration dans les communautés de leurs choix avec des moyens de subsistance plus sûrs. Outre la mise en place des CCP, une attention particulière a été apportée au désenclavement et à l’écoulement des marchandises.

Les bénéficiaires peuvent ainsi vendre leurs produits sur les marchés comme celui d’Isale à Bulambo dans le Nord-Kivu qui a été entièrement réhabilité par le PNUD. « C’est notre salut car, auparavant, nous étions frappés par la pluie, le soleil et les maladies.

Après avoir suivi une formation au CCP d’Isale Bulambo, les femmes vendent leurs savons sur les marchés et en tirent des revenus qui font vivre leur ménage.

Aujourd’hui nous sommes à l’abri, nous pouvons vendre tranquillement » affirme Goreth Munuvua, 60 ans, vendeuse de poissons salés. Paluku Mawano, responsable adjoint du marché, ajoute : « Avant, environ 2 000 personnes fréquentaient ce marché, maintenant elles sont plus de 10 000 ».

Ces femmes qui gagnent à présent de l’argent peuvent obtenir un microcrédit auprès d’institutions de microfinance comme la mutuelle d’épargne et de crédit « Mécré » de Beni et Butembo, qui à travers un projet de microfinance également géré par le PNUD, favorise l’accès des ménages pauvres ou à faibles revenus à des services financiers viables et pérennes.

A ce jour, cette institution encadre quelque 209 groupes solidaires pour un prêt total d’environ 1 million de dollars américains. Gabriel Muhindo Matekere, agent de terrain de la « Mécré », en explique le fonctionnement : « Beaucoup de gens travaillent mais leurs gains ne sont pas suffisants pour vivre.

Mais au lieu de prêter de l’argent à une personne qui doit rembourser seule, nous prêtons à un groupe et c’est ce groupe qui nous rembourse sur une base hebdomadaire. Ils se dotent d’un secrétaire et d’un trésorier et s’autogèrent. Le principe est que si l’un des membres ne peut exceptionnellement pas payer, le groupe l’épaule et rembourse la somme due. Les membres s’arrangent donc entre eux. »

Léonce, vendeuse de poules, trois enfants, arrive désormais à payer les frais scolaires et à nourrir sa famille. Grâce au crédit obtenu, elle possède désormais 40 poules contre 25 précédemment. « Ce surplus dans mon capital m’a aidée à améliorer nos conditions de vie ».

Constant Kambale Kiyoma, 62 ans, 12 enfants, était quant à lui charpentier quand une crise a perturbé son travail. « J’ai alors entendu parler de ce crédit à la « Mécré » et j’y ai adhéré. J’ai investi 80 % de mon crédit dans mon atelier de menuiserie et, avec le profit généré, j’ai pu construire ma maison. Aujourd’hui, ma femme et moi-même arrivons à combler les besoins de notre famille ».

La population est informée de toutes ces synergies et autres débouchés notamment via des radios communautaires que le PNUD et ses partenaires soutiennent financièrement et techniquement lors de leur lancement. « L’arrivée de la radio a été une bonne chose pour la population, environ un million de personnes, car cette dernière est maintenant informée en temps réel » rapporte Albertite Kasereka Kisambe, président de la radio communautaire de Bashu dans le Nord-Kivu.

« Quatorze groupes d’écoute sont répartis dans les différents milieux où les émissions sont captées. Ils ont pour objectif d’apprécier la qualité des émissions, de corriger certaines défaillances et de prévenir les conflits ».

Le programme de relèvement communautaire est mis en œuvre depuis 2009 dans les provinces du Nord-Kivu, Sud-Kivu, Maniema et dans le district de l’Ituri en province Orientale. Il bénéficie d’un budget d’environ 18 millions de dollars américains et se termine en 2014.

« Une plus grande synergie entre ses différents volets mais aussi avec d’autres domaines d’actions du PNUD est envisagée pour l’avenir comme, par exemple, favoriser l’écoulement des productions du champ (activités qui relèvent de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)) sur des marchés réhabilités par le PNUD, ou encore diffuser des émissions sur la nutrition et les techniques culturales (FAO) ou sur la santé (Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF)) sur les radios communautaires mises en place par le PNUD » affirme Jean-François Dubuisson, expert du PNUD en lutte contre la pauvreté.

Thérèse Kabira Mwenge n’en revient toujours pas : « en entendant parler du CCP, on n’aurait jamais imaginé cela. C’est un vrai miracle de voir toutes ces femmes réunies autour d’une même cause, celle d’améliorer leur niveau de vie. Nous nous sommes bel et bien réveillées ».

Plus de 80 % de la population rurale des Kivus, les filles et les femmes en particulier, est concernée par les conséquences de la situation post-conflit. Depuis les années 1990, de graves conflits armés sur fonds de tensions ethniques et d’exploitation illicites de ressources minières ont fait des millions de victimes dans l’est de la RDC.

L’approche du PNUD RDC dans ses activités de relèvement communautaire à l’est de la RDC privilégie les actions qui contribuent à la stabilisation et visent à créer les bases d’un développement durable.

Dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, 12 CCP ont déjà formé 3 092 personnes dont 164 hommes depuis 2010.La radio communautaire de Bashu diffuse des messages de paix et des informations de service.