En RDC, la décentralisation comme enjeu décisif du développement

15 déc. 2012

Didi Bikavungu Bate, 34 ans, était cultivatrice et se battait seule pour gagner de l’argent et nourrir ses huit enfants jusqu’au jour où le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), à travers son Projet d’Appui à la Décentralisation et au Développement Local (PADDL), a réuni les différentes associations féminines de Beni Mbau (Nord-Kivu) en un Collectif des Associations Féminines (CAF) dont elle est devenue la présidente.

« Le PADDL nous a appris à travailler ensemble et nous avons alors été capables de faire des plaidoyers de qualité auprès des bailleurs de fonds potentiels. Auparavant nous n’étions pas capables d’aller auprès d’une structure afin de demander du soutien pour nos associations. Nous n’aurions même pas pu nous mettre debout devant une assemblée et nous exprimer. Mais ensemble, nous sommes plus fortes et nous avons appris à chercher des sources de financement. Diverses formations ont changé nos vies ; le CAF a, par exemple, obtenu de nombreuses semences maraîchères dont le chou, ce qui a permis d’avoir de bonnes récoltes que nous avons ensuite vendues. Cela m’aide beaucoup pour la survie de ma famille. Nous avons de quoi manger et je paie les frais scolaires de mes enfants. J’ai pu acquérir un champ de cacao qui a produit 300 kg de fèves cette année. »

Françoise Kabindo, 45 ans, quatre enfants, première conseillère du CAF, renchérit en désignant fièrement une moto qu’elle a pu s’acheter grâce aux recettes générées par la récolte de 900 kg de soja : « Grâce à notre plaidoyer commun, nous avons reçu une formation sur les techniques maraîchères ainsi que sur la gestion des engrais et j’ai ainsi pu obtenir cette magnifique récolte ».

L’objectif de ce projet de gouvernance locale est de soutenir techniquement et budgétairement les autorités locales afin qu’elles puissent planifier et délivrer des services sociaux et des infrastructures de base. « Nous soutenons une expérience de décentralisation qui sert au développement local » affirme Diouf Babacar, coordonnateur du PADDL au Nord-Kivu.



Cette phase pilote concerne cinq entités territoriales décentralisées (ETD) dans lesquelles le PNUD a accompagné l’élaboration de plans de développement locaux et de comités locaux de développement et encouragé la participation citoyenne ainsi que la réforme des finances publiques.

Les premiers résultats sont encourageants avec la mise à disposition de données transparentes sur les chaînes de dépenses et de recettes, la construction de bâtiments ou encore la formation d’agents administratifs dans le secteur de BéniMbau et la chefferie de Bwisha (Nord-Kivu) ainsi que dans le territoire des Elanga (Équateur).

  • Le PNUD dispose d’un fonds de près
 de 25 millions de dollars américains,
 principalement financé par la 
coopération britannique (DFID) depuis
 2008 dans les provinces du Nord-Kivu, 
Equateur et Kasaï-Oriental, pour mener 
à bien ce projet.
  • La RDC a opté pour la décentralisation
comme mode de gestion des affaires
publiques instituant ainsi trois paliers
de gouvernance : le gouvernement
central, les provinces et les entités
territoriales décentralisées que sont
les villes, les communes, les secteurs
et les chefferies.
  • Les cinq Entités Territoriales 
Décentralisées cibles (Beni-Mbau
 (Beni), Bwisha (Rutshuru), Bwito 
(Rutshuru), Bashu (Beni), Bukumu
 (Nyiragongo) ont permis l’amélioration
de la gouvernance locale et l’accès à
des services publics de qualité à près
 de 600 000 personnes.

Des tables rondes ont réuni plusieurs bailleurs qui ont manifesté leur intérêt pour financer des microprojets, l’assainissement inscrits dans les plans de développement locaux, dans les domaines de la santé, l’éducation, l’agriculture. Le secteur de Béni-Mbau fait état de promesses de financement de plus d’un million de dollars américains (USD) et 350 000 USD ont été promis lors de la table ronde de Bishwa.

Grâce à ces fonds, l’ONG Oxfam GB en partenariat avec le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a, par exemple, construit des puits d’eau potable et des latrines pour un montant d’environ 90 000 USD. Ou encore l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a distribué pour plus de 10 000 USD d’intrants agricoles et de semences pour l’un des champs collectifs du CAF.

Le bâtiment administratif de Beni Mbau (Nord-Kivu), construit et équipé par le PNUD en 2010, abrite, sur un seul site, les services administratifs (état civil, affaires sociales, développement rural, genre, famille, et enfant, agriculture, pêche et élevage etc.) du secteur dont la population est estimée à 180 000 personnes.

Selon le chef du secteur de Béni-Mbau, 
Lumande Paluku, les femmes jouent
 un rôle primordial dans ce processus
 de développement : « Elles initient des
réunions avec les autorités et jouent
vraiment un rôle de décideur. »