L'honneur retrouvé des femmes de l'est de la République démocratique du Congo

05 déc. 2012

« Tutaenda ! », « nous irons ! »: d'une seule voix, les femmes de l'organisation de productrices de savon d'Uvira profèrent le nom de leur groupe, fières du chemin parcouru ensemble.

Grâce à leur travail et au soutien du PSAR, le projet de relèvement communautaire fondé sur le genre mis en place par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) dans la zone conflictuelle des Kivus à l'est de la République démocratique du Congo (RDC), les membres de « Tutaenda » ont pu démarrer leur activité après avoir été longtemps désoeuvrées.

Aujourd'hui, leur organisation rapporte 500 dollars américains par semaine à ses 25 productrices, dont elles retirent, surtout, de la considération. «Avant nous vivions de la débrouille et de l'agriculture de subsistance. Nous étions sales et méprisées. Aujourd'hui, quand nous sortons, tout le monde sait que nous allons au travail et que nous nourrissons toute la famille. Nous sommes propres, nous mangeons bien, nous nous sentons considérées », explique Charlotte.


Vers l'harmonie sociale
Pour ces femmes vulnérables, dont beaucoup sont veuves de guerre, célibataires ou victimes de violences sexuelles, obtenir un revenu régulier et assumer un rôle gratifiant constituaient une priorité, tant pour leur sécurité que pour le retour d'une certaine harmonie sociale au sein de la communauté. «Avant mon mari était obligé de partir pendant de longues périodes pour trouver de l'argent. Quand il revenait, nous ne nous entendions pas du tout. Aujourd'hui, c'est une seconde lune de miel. Grâce à mon revenu, nous pouvons rester ensemble, il se promène avec moi avec fierté. Je subviens aux besoins de 10 personnes, dont cinq seulement sont mes enfants», raconte Abiya Bitocho.

L'autonomisation financière, l'amélioration de l'image de la femme et la réintégration sociale des victimes de violences sexuelles figurent parmi les objectifs primordiaux du Projet de sécurité, autonomisation et réintégration socio-économique des femmes du Nord et Sud-Kivu (PSAR).

Implanté sur les grands axes de retour des ménages ayant fui les conflits, avec un budget total de 4,6 millions de dollars américains, soutenu à hauteur d'environ 1,6 million USD par le Bureau pour la Prévention des Crises et du Relèvement du PNUD, le projet touche aujourd'hui 1025 bénéficiaires au Sud-Kivu et plus de 500 au Nord-Kivu.


Des réalisations adaptées
Le PSAR, intégré au programme de lutte contre la pauvreté du PNUD RDC, privilégie une approche globale et flexible, fondée sur le genre afin d'éviter de stigmatiser davantage les victimes de violences sexuelles et d'oeuvrer pour la prévention. La priorité étant de bâtir sur ce qui existe déjà et de responsabiliser la communauté dans le choix et la mise en oeuvre des activités génératrices de revenus, les réalisations varient selon les territoires.

Dans la plupart d'entre eux, le projet de relèvement s'articule autour d'un Centre communautaire polyvalent (CCP) qui assure la formation des bénéficiaires à des métiers définis avec la communauté, ainsi que des cours d'alphabétisation. Les dix CCP mis en place (ou en cours de réalisation) constituent aussi des points d'ancrage pour les partenaires locaux : ils facilitent ainsi l'accès des femmes aux différents services dont elles ont besoin. A Mangina dans le territoire de Beni, au Nord-Kivu, elles ont même décidé d'y établir une garderie. La plupart des bénéficiaires, dont font partie une petite proportion d'hommes, ont pu commencer à vendre leur production et à en tirer un revenu tout en poursuivant leur formation.

A Uvira, il a été possible de se concentrer dès le départ sur la réintégration économique de 500 femmes, identifiées par une étude des besoins locaux, car elles avaient déjà été formées à différents métiers par l'ONG Women for Women International. Le PSAR a ainsi permis à vingt organisations de productrices, constituées de 25 femmes chacune, de démarrer leur activité en leur fournissant des outils, des machines, des matières premières, des locaux ou des terres. Grâce à leur revenu, la plupart des femmes paient aujourd'hui les frais de scolarité de leurs enfants et nourrissent toute la famille. « L'union fait la force », commente Charlotte Kadabua, dont l'organisation a aujourd'hui la charge de deux hectares et de 50 poules. « Nous cultivons mieux ensemble, quand l'une est malade, une autre peut la remplacer aux champs par exemple. A la dernière récolte, chaque femme a reçu ainsi plus de 60 kg de maïs ».

L'impératif de constituer un comité de gestion autogéré suivi par le partenaire local du PNUD, Covira, leur a également appris à gérer un budget, à investir et à épargner sur un compte ouvert à la Coopérative d'épargne et de crédit de Kalundu, une institution de microfinance partenaire. Les membres de « Tuanenda » assurent ainsi qu'elles seront en mesure de « continuer leur activité de la même façon après le départ du PNUD et de Covira ».


Le rôle des autorités locales
Reste à voir si malgré la bonne volonté et la bienveillance affichées par les autorités locales, l'Etat aura les capacités et les moyens de prendre la relève.

Car l'appui à la gouvernance, qui passe par l'implication des autorités locales dans la définition des besoins de la communauté, dans le suivi du projet et dans la mise en place de mécanismes de prévention et de protection pour lutter contre les violences sexuelles, est un autre volet essentiel du projet, garant de la pérennité des acquis.