Au Nord Kivu, lutter contre l’impunité des violences sexuelles

05 nov. 2012

Gisèle* profite de la sécurité relative d’une clinique destinée aux victimes de violences sexuelles, dans le district de l’Ituri. Cette mère de trois enfants dont le mari a été tué lors de combats, raconte l’histoire déchirante, mais malheureusement courante, de la façon dont elle a vécu le conflit dans cette partie de l’est de la République démocratique du Congo (RDC).


« Je me suis réfugiée dans un camp de déplacés où j’ai été violée par trois hommes armés, » dit-elle. « La douleur physique et psychologique a été immense. J’étais tellement angoissée que je pensais ne plus pouvoir m’occuper de mes enfants après l’agression. J’avais l’impression d’avoir été totalement abandonnée par ma famille et ma communauté. »

Le traitement brutal que Gisèle et de nombreuses autres femmes congolaises ont subi, et l’impunité évidente dont jouissent les criminels, constituent un défi de taille pour un pays qui s’efforce de se débarrasser de son passé et de restaurer la paix, la sécurité et l’état de droit.

Un projet du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) dans les provinces des Kivus et le district de l’Ituri, faisant partie d’un plus vaste programme d’accès à la justice en RDC, espère restaurer la confiance dans le système judiciaire, en fournissant aux victimes de violences sexuelles un meilleur accès à la justice, à la sûreté et à la sécurité, en apprenant à la police comment mener des enquêtes et à la magistrature comment poursuivre les responsables présumés, en sensibilisant l’opinion à ses droits et en documentant les nombreux crimes commis.

Comme des milliers d’autres femmes en RDC, Gisèle est une rescapée des violences sexuelles qui sont devenues fréquentes durant la longue guerre civile du pays. Contraindre les femmes et les enfants à se prostituer, les grossesses forcées, et même la propagation délibérée d’infections sexuellement transmissibles sont autant de pratiques adoptées par toutes les parties au conflit.

Les Congolaises hésitent souvent à signaler les violences sexuelles, par manque de connaissance du système judiciaire ou par crainte d’être stigmatisées. En réponse, le PNUD a aidé à mettre en place la Police Spéciale de la Protection de l’Enfant et de la Femme spécialisée dans les crimes sexuels. Cette unité a commencé à documenter la multitude de dossiers en cours. Dans le cadre d’un monitoring judiciaire, le PN U D  a observé en 2010 et 2011, plus de 6 500
dossiers de violences sexuelles, ce qui a permis de disposer de données fiables et ainsi d’ajuster les priorités des interventions.

  • Le programme d'appui à la justice du PNUD en RDC existe depuis 2009. 14 millions USD auront été dépensés lorsque le programme s’achèvera en 2013.
  • Le PNUD a observé plus de 6 500 cas de violence sexuelle dont 650 affaires ont été portées devant les tribunaux avec un taux de condamnation de 60 pour cent.
  • Neuf centres soutenus par le PNUD offrent des services médicaux et juridiques, et œuvrent à la protection des femmes en faisant valoir leur cas devant les tribunaux.

Les procès ont lieu aussi près que possible de la scène du crime et de la résidence du plaignant, afin que le processus de justice soit accessible aux plaignants. Cela signifie que parfois les audiences, appelées audiences foraines, sont tenues en plein air.

Formés et soutenus par le PNUD, ces tribunaux mobiles peuvent rendre la justice jusque dans les régions les plus éloignées.
"Les victimes que je défends sont soulagées lorsqu’elles savent qu’elles peuvent participer réellement au procès », déclare Maître Lorianne Shakira, une avocate de Kisangani. « Avant l’apparition de ces audiences foraines, une femme qui avait la possibilité de déposer une plainte, devait attendre plusieurs mois avant que l’on traite son cas. Le tribunal était souvent éloigné du village et les victimes perdaient espoir. Les tribunaux mobiles et ces audiences publiques rendent la justice à ces populations vulnérables. »

Neuf cliniques ont été installées avec l’aide du PNUD. Elles fournissent une aide juridique et médicale aux femmes qui font appel à la justice et offrent un « service d’aide juridique spécial" aux victimes de violences sexuelles. « Les victimes se rendent à la clinique pour se faire soigner », dit Justin Ntanyanya, un juriste dans l’une des cliniques. « Grâce à notre service, les femmes obtiennent une aide physique des médecins, ainsi qu’une aide juridique. Comme la plupart des femmes ne connaissent pas bien leurs droits, nous les encourageons à soumettre des plaintes