Des victimes de violences sexuelles réintégrées grâce aux cliniques juridiques

 Espérance devant la clinique juridique de Muganga.- CREDIT PHOTO : LOUISE ANDRÉ PNUD 2015
Espérance devant la clinique juridique de Muganga.- CREDIT PHOTO : LOUISE ANDRÉ PNUD 2015

Espérance, la bien-nommée, nous ouvre les portes de la clinique juridique de Muganga, dans la province du Nord-Kivu à l’est du pays. Depuis octobre 2014, elle y a accueilli seize victimes de violences sexuelles à qui elle a redonné espoir.

L’une d’entre elle, Julie*, a tout juste 10 ans. Elle est en troisième année de primaire. L’homme qui l’a violée est en Maison de rééducation pour mineurs. Lui non plus n’a pas 18 ans.

Chiffres clefs

  • 1 410 cas de violences sexuelles ont été reçus dans les structures d’accompagnement juridique et judiciaire.
  • Parmi ces cas, 264 ont été soumis en justice et 152 ont fait l’objet de jugement.
  • 951 victimes ont bénéficié d’une prise en charge médicale et psychosociale.
  • 191 victimes ont bénéficié d’une réinsertion dans leur communauté.

"Un environnement pollué par les violences sexuelles"

En apprenant l’affreuse nouvelle, le père de Julie a décidé de la retirer de l’école. Il ne comprenait pas ce que sa fille avait subi et il a décidé de la punir en la privant d’éducation. Sa mère explique : "Il croyait qu’elle voulait jouer à la maman en allant avec un garçon. Alors il a dit que, si elle voulait faire la maman, elle n’irait plus à l’école."

La moitié des victimes suivies par la clinique juridique sont des mineures. L’une d’elles a seulement trois ans. Les présumés coupables, souvent à peine plus âgés que leurs victimes.  sont des jeunes, souvent désœuvrés, qui sont envoyés en Maison de redressement. Malheureusement, sur 90 détenus, seuls deux y sont scolarisés, pénalisant ainsi leur réinsertion future. Comme le résume Maître Saïdi, responsable de la mise en œuvre de ce projet d’appui juridique aux victimes de VBSG (violences basées sur le genre), les enfants de la région "évoluent dans un environnement pollué par des violences sexuelles".

Le taux de chômage élevé (environ 85%) explique que beaucoup de ces jeunes sont livrés à eux-mêmes, tandis que leurs parents sont au champ pour tenter de nourrir leur famille. Le manque d’éducation, combiné à l’oisiveté quotidienne, poussent ces jeunes à commettre toutes sortes de délits parmi lesquels des violences sexuelles sont un exemple tragique.

Suivi médical, juridique et psycho-social

C’est quoi une clinique juridique ? Ce Programme Conjoint de Lutte contre l’Impunité, d’Appui aux Victimes de Violences Basées sur le Genre, et d’Autonomisation des Femmes à l’Est de la République démocratique du Congo est financé par le Gouvernement canadien pour une durée de cinq ans à hauteur de 18 millions de dollars canadiens. Il rassemble le PNUD**, le FNUAP, l’UNESCO et le BCNUDH ainsi que le minière du Genre, Famille, Enfant, et celui de la Justice et Droits Humains.  (voir encadré ci-joint).

Dans ce vaste programme, le PNUD collabore avec le BCNUDH et le Ministère de la Justice à la lutte contre l’impunité et pour le renforcement de l’accès à la justice pour les victimes de violences sexuelles; ainsi que pour la réinsertion socio-économique des victimes de VBSGet l’autonomisation des femmes au sein des communautés. La création de  telles cliniques juridiques s’inscrit donc dans cette nouvelle approche holistique du suivi des victimes.

En effet, elles sont tout d’abord conduites à l’hôpital. Etant donné que la plupart des victimes arrivent à la clinique juridique le jour même de l’agression, elles doivent recevoir des soins particuliers au cas où elles ont malheureusement aussi contracté une Maladie Sexuelle Transmissible (MST).

À l’hôpital, les médecins établissent un compte-rendu, qui sert ensuite de preuve légale lors des procédures juridiques. Les victimes bénéficient d’une écoute psycho-sociale et d’un accompagnement médical. Celles qui arrivent enceintes quelques semaines après le drame sont accompagnées médicalement tout au long de leur grossesse. L’avortement étant peu pratiqués en RDC, il leur est demandé de garder l’enfant.

La clinique juridique propose ensuite aux victimes de porter plainte et de saisir la Justice, à travers la Police Spéciale de Protection de l’Enfant et de la Femme (PSPEF). Si elle accepte, la victime est alors auditionnée et une enquête judiciaire initiée. Souvent l’affaire est portée devant les tribunaux (Tribunal de Grand Instance,  Parquet de Grande Instance et/ou tribunal pour enfants) après instruction du dossier et le processus juridique est suivi de près par la clinique juridique.

Malheureusement, beaucoup de victimes optent pour un règlement de l’affaire à l’amiable et ne suivent pas la procédure officielle par manque de confiance en la Justice. "Elles préfèrent recevoir 200 USD de dommages et intérêts tout de suite de la part de la famille du coupable, plutôt que de ne jamais obtenir les 450 USD que le jugement prévoit" explique Maître John, avocat en charge du suivi des dossiers à la clinique. En effet, pour recevoir cette somme, la victime doit d’abord débourser plusieurs centaines de dollars de frais de gestion de dossier, ce qui les décourage souvent d’entreprendre toute action en justice.

Sensibiliser toute une communauté

Lorsqu’Espérance a ouvert la clinique juridique, elle savait que le plus important serait de mobiliser l’ensemble de la communauté. Pour faire évoluer les mentalités et les comportements, il est important de comprendre les tabous*** et de les dépasser. Au lieu de rejeter les victimes, la communauté apprend à les aider et à les accepter.

C’est pourquoi, la clinique juridique a déjà mis en place deux sessions d’information où ont été conviées près de 20 femmes. L’approche basée sur l’accueil des victimes leur est présentée intégrant l’assistance holistique jusqu’à la réintégration de la victime dans sa famille et/ou sa communauté. Petit à petit ce message essentiel trouve un ancrage et se propage. C’est d’ailleurs de cette manière que la mère de Julie a découvert la clinique. Lorsqu’une voisine lui en a parlé, elle a compris qu’il y avait une solution pour aider son enfant.

En s’installant à Muganga, la clinique juridique a aussi tenu à rencontrer rapidement les leaders communautaires et les chefs locaux pour les impliquer dans son travail. Beaucoup d’entre eux recommandent déjà la clinique à leur village. Les hommes s’impliquent, et bien que les femmes soient les premières visées par ces campagnes de sensibilisation, ils sont aussi une cible que la clinique compte former et intégrer à la méthode d’accueil et çà la lutte contre les violences sexuelles et/ou basées sur le Genre.

Ainsi, avec l’appui du Centre Communautaire Polyvalent (CCP) voisin vers lesquelles la clinique les oriente, ces femmes suivent une formation qui les aide dans leur réinsertion économique et sociale. Elles apprennent un métier (comme le tissage de paniers ou la coupe et couture) et deviennent indépendantes financièrement, tout en se forgeant une place au grand jour. Sans honte.
Grâce aux efforts de médiation de la clinique juridique de Muganga, Julie a retrouvé le chemin de l’école après quatre mois d’absence.

* nom fictif
**PNUD : Programme des nations Unies pour le développement ; FNUAP, Fonds des Nations Unies pour la Populations- BCNUDH : Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l’Homme
***Le tabou de l’agression, qui salit la victime, et celui de la dénonciation, que la communauté craint et condamne par peur des représailles

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