Nord Kivu: Mettre les vaches au service des femmes agricultrices

Femme qui nourrit une vache
Une femme agricultrice est formée à la traction animale dans le Centre de Dressage de Kisuma (Nord Kivu). Crédits: Benoit Almeras-Martino / PNUD, 2014.

A Kisuma, au cœur des collines de Masisi, un centre de dressage vise la réintroduction de la traction animale au Nord Kivu. Son objectif ? Mettre les vaches au service des femmes agricultrices de la Province !


« ICI, LA FEMME EST CONSIDÉRÉE COMME UN OUTIL DE TRAVAIL »

Sur le chemin en pente douce qui mène vers Kisuma, Furaha (« Joie » en kiswahili) fait une courte pause – elle essuie la sueur de son front, mais sans enlever le sac en pagne qui est solidement calé sur son dos. « C’est encore plus fatigant de le poser par terre et de le remettre pour repartir. »

Quel poids fait-il ? « Quinze kilos et le moulin est encore à trois kilomètres. » Sans un autre mot, elle reprend sa route vers les hauteurs. Furaha est loin d’être un cas isolé – sur toutes les routes du Nord Kivu, on croise des femmes qui portent des charges très lourdes (jusqu’à plusieurs dizaines de kilos) pour rejoindre les marchés.

« Dans nos contrées, on considère les femmes comme des outils  de travail – ce sont les femmes qui cultivent les champs, ce sont les femmes qui font la récolte et ce sont les femmes qui doivent transporter les denrées jusqu’aux marchés. » explique Christian Ndoole, du Service National de Traction Animale (SENATRA).


METTRE LES VACHES AU SERVICE DES AGRICULTEURS

Christian nous accueille à Kisuma, dans l’enclos du « Centre de Dressage pour les Bovins de Trait » dont il est l’un des superviseurs. Bien qu’il soit encore en travaux, le Centre a démarré ses activités au début de l’année 2014 en accueillant trente agriculteurs et agricultrices issus de quinze associations communautaires du territoire de Masisi.

Avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), ces agriculteurs sont formés à l’utilisation des vaches en attelage « afin d’alléger la charge de travail des femmes du Masisi » selon Christian. Chaque association s’est ainsi vue attribuer deux boeufs ; les formateurs du SENATRA leur enseignent à s’occuper des bêtes mais aussi à les guider correctement pour que l’attelage fonctionne.

A retenir

  • Créé en 1993, le SENATRA est chargé de promouvoir la traction animale auprès des agriculteurs.
  • 30 personnes sont actuellement formées à la traction animale au Centre de Dressage de Kisuma - elles seront chargées de sensibliser d'autres membres de leurs associations à l'issue de leur formation.
  • Près de 4 000 bénéficiaires des associations d'agriculteurs du Nord Kivu vont profiter de la traction animale.

Utiliser des boeufs comme animaux de trait, une idée simple sur le papier, se heurte pourtant à des résistances culturelles parmi les éleveurs du Masisi.

Selon Christian « Il a fallu sensibiliser les éleveurs sur l’utilisation des bêtes en attelage. On en est encore qu’aux débuts, alors on a dû acheter les trente boeufs - qui vont être utilisés »

Ainsi, d’après une étude anthropologique menée dans ce territoire en 2013 par Alexis Bouvy (grâce à un financement du PNUD), « l’élevage du gros bétail [est] uniquement orienté vers la production de lait et de viande (…) Une forte valeur symbolique et sociale est en outre associée aux troupeaux de vaches [qui] font la fierté des éleveurs. » Dans les faits, on constate donc que les bovins ne sont pas utilisés comme animaux de trait.

Si l’implication des éleveurs demandera davantage de temps, cela ne freine pas pour autant l’enthousiasme des trente apprentis-bouviers qui nourrissent les vaches attachées dans les box prévus à cet effet.

Les feuilles de maïs qui servent de nourriture sont arrachées des mains des bouviers et englouties par les bêtes en deux temps trois mouvements.

Alors qu’elle s’apprête à  offrir un nouveau ballot de foin à « sa » vache, Furaha Kahindo, une femme veuve de 37 ans et mère de cinq enfants, confie que les bêtes « vont régler les problèmes de transport des marchandises. »

« Normalement, chaque mardi et chaque vendredi, je porte entre 15 et 20 kilos de marchandises entre Boabo et Masisi Centre. Pour moi, utiliser les vaches permettra de soulager nos souffrances. »


AMÉLIORER LES CONDITIONS DE VIE DES FEMMES DU NORD KIVU

Pour Christian Ndoole, « soulager les femmes permettra aussi de créer plus d’opportunités pour améliorer leurs ressources – les associations vont pouvoir louer les vaches pour d’autres activités et améliorer la vie des communautés. »

Après quarante jours de formation, les trente apprentis retourneront auprès de leurs associations respectives pour restituer ce qu’ils ont appris aux autres membres.

Environ 4000 agriculteurs membres des associations bénéficiaires, dont plus de 50% de femmes, devraient profiter de la traction animale et de l’utilisation des vaches en attelage dans le territoire de Masisi.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet « Relèvement Communautaire et Consolidation de la Paix au Nord Kivu ». En plus de la promotion de la traction animale, le projet prévoit la construction de deux marchés dans les localités de Lushebere et Walikale, de deux centres de formation professionnelle à Masisi Centre et Walikale, ainsi que des activités de transformation des produits agricoles dans le territoire de Walikale.

Le projet bénéficie notamment d’un financement de 2 943 647 USD du fonds d’affectation spéciale du PNUD et de la République de Corée pour la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement.

Sa mise en œuvre est assurée par le PNUD, en collaboration avec la FAO, en appui à l’Inspection Provinciale de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Elevage (IPAPEL), au Service National de Traction Animale (SENATRA) et du Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural.

Le projet "Relèvement communautaire et consolidation de la paix au Nord Kivu" en images
  • UNDP-CD-ProjKoica Kisuma 201401-35
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  • UNDP-CD-ProjKoica Kisuma 201401-29
  • UNDP-CD-ProjKoica Kisuma 201401-28
  • UNDP-CD-ProjKoica Kisuma 201401-27

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