En Ituri, la résolution des conflits passe par les taxis motos

Des taxis motos sur une piste.
Une parade des taxis motos de la localité de Komanda en Ituri. Crédit: Benoit Almeras-Martino / PNUD, 2014

À Bunia et Komanda (district de l’Ituri en Province Orientale), des chauffeurs de taxis motos ont reçu des formations de civisme routier et de résolution des conflits afin de rétablir la confiance entre eux et les habitants de ces deux localités.

Maniables et pas chères, les motos sont depuis longtemps le moyen de transport privilégié pour parcourir les routes cabossées de l’Ituri.

À Bunia, la ville principale du district, leurs moteurs pétaradent toute la journée sur l’Avenue de la Libération, l’artère principale de la ville, transportant tout et n’importe quoi : des familles entières (il n’est pas rare de voir quatre personnes entassées derrière le chauffeur), des sacs énormes de charbon de bois, du matériel de construction...

… mais bien que tout le monde s’accorde à trouver les taxis motos pratiques, les conducteurs de ces engins, eux, sont relativement mal perçus par la population. Ils sont pointés du doigt pour l’insécurité routière… mais également pour leur violence présumée envers les clients.

Isse Mondinda, responsable de l’Association des Taxis Motos de l’Ituri (ATAMOI) à Komanda, apporte un début d’explication : « À Komanda, on compte 280 taxis motos en tout – 70% d’entre eux qui ont peut-être déjà été impliqués dans des conflits armés. La plupart sont jeunes et ils n’ont pas été suffisamment encadrés par le passé. »

LE PNUD FORME 330 TAXIS MOTOS

À la suite de plusieurs incidents impliquant des taxis motos, Mme Jeanine Aiwa, Ministre de la Jeunesse de la Province Orientale, a souhaité que ces derniers puissent suivre des formations au civisme, afin de mieux vivre au sein de leurs communautés, après consultation avec l’ATAMOI et ses membres.

Avec l’aide du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), l’ATAMOI a ainsi permis à 330 de ses membres, issus des antennes de Bunia et de Komanda, de suivre une formation au respect du Code de la Route et à la Résolution des conflits.

A retenir

  • On estime que le nombre de taxis motos opérationnels en Ituri est de 6000
  • 330 taxis motos ont été formés à la résolution des conflits et suivront des formations techniques pour "se recycler".
  • La formation des taxis motos s’appuie sur les Centres d’Apprentissage Professionnels de Bunia et Komanda, créés avec l’appui du PNUD.

Baraka Bongani, surnommé Bavon, est taxi moto à Bunia depuis six ans. Il raconte : « On se dispute souvent avec les clients, avec les policiers mais aussi avec les autres conducteurs de moto taxis par rapport au « parking » [ndlr : ordre de priorité de prise en charge des clients]. Depuis la formation, on essaie de mieux gérer les conflits dans notre entourage. »

« Comme vous le savez, la plupart des gens que nous encadrons sont des ex-combattants », complète Jean-Paul Loda, président de l’ATAMOI.

« Quand il arrive un accident, ils préfèrent souvent régler les problèmes par des actes de vandalisme ou de dégradation des véhicules. Mais depuis qu’ils ont reçu la formation, il y a eu un changement dans le comportement des taxis motos qui y ont participé. Résultat : quand il y a un problème avec des clients, ils préfèrent trouver des solutions à l’amiable. »

À l’issue de la formation, les participants ont reçu un certificat mais également un gilet qui leur permettra d’être identifiés dans la rue. À Komanda, la cérémonie de remise des gilets a été saluée par l’ATAMOI et animée par une parade sur l’avenue principale de la ville… autorisée avec la bienveillance des autorités policières qui ont dispensé les formations relatives au respect du Code de la Route.

CHANGER DE ROUTE ET SE RECYCLER

En plus de cette formation civique, les participants bénéficieront également de formations pratiques (en plomberie et en électricité, entre autres), dispensées au sein des Centres d’Apprentissage Professionnel de Bunia et de Komanda, toujours avec l’appui du PNUD. Elles devraient permettre aux taxis motos de se « recycler », selon les termes d’Isse Mondinda.

Les formations ont commencé au début du mois de février, par groupes de 50 taxis motos, à raison de deux à trois heures par jour selon les filières identifiées (informatique, plomberie, électricité, mécanique…). Ce rythme permet aux taxis motos de poursuivre leur activité en parallèle… et de subvenir aux besoins de leurs familles.

Pour Jean-Paul Loda, l’expérience doit être poursuivie et approfondie : « Dans l’ensemble du district de l’Ituri, on compte environ 6 000 taxis motos dont 800 pour la seule localité de Bunia. Ce n’est pas un métier facile en général – c’est pour ça que l’on espère que ces formations seront poursuivies pour tous les taxis motos… et élargies vers d’autres filières Ça peut leur permettre d’améliorer leurs conditions de vie et leur intégration dans la société. »

Selon Freddy Kasongo, Expert en Relèvement Communautaire au sein du bureau du Programme des Nations Unies pour le développement à Bunia, « La mise en place de ces activités est un exemple du travail entre les autorités, la société civile et le PNUD pour résoudre les conflits mais également pour offrir des perspectives de plus long terme pour les hommes, les femmes et les jeunes. »

La formation des taxis-motos en images
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