Ituri: Des Centres d'Apprentissage Pour Un Avenir Meilleur

un adolescent avec des lunettes de soudeur sur la tête.
Olivier, quatorze ans, est un ancien creuseur devenu apprenti en mécanique au CAP de Mongbwalu, en Ituri. Crédit: Benoit Almeras-Martino / PNUD, 2014.

Dans plusieurs localités de l’Ituri, le Programme des Nations Unies pour le développement a appuyé la création de Centres d’Apprentissage Professionnels qui offrent aux jeunes des formations pour sortir de la précarité sociale et économique.

« C’EST ÇA LA VIE, ICI LES GENS NAISSENT CREUSEURS! »

Mongbwalu est une cité perchée sur les collines du territoire de Djugu, dans le district de l’Ituri. Rien ne la distingue des autres cités de l’Est de la République démocratique du Congo… à l’exception d’une tranchée brune creusée dans un vallon, d’où remontent des personnes couvertes de boue jusqu’à la taille…

Jusqu’au milieu des années 2000, Mongbwalu a été l’un des plus importants centres d’exploitation de l’or en RDC – malgré la fermeture de l’un des principaux puits en 2007, la très large majorité des habitants vit encore de l’exploitation et du commerce de ce métal précieux.

Malgré sa pelle sur l’épaule, sa salopette maculée de boue et ses bottes enfoncées dans la terre brunâtre, Jésus* ne se définit pourtant pas comme « creuseur ».

Je suis agent de l’État – mais je ne suis pas payé. Je suis marié et j’ai trois enfants. Il faut survivre, alors il vaut mieux faire « ça », plutôt que de ne rien faire.»

Quand on lui demande depuis combien de temps il fait « ça », Jésus* répond : « Quinze ans. Cette année, j’aurai quarante ans. »

Dans la carrière, le ‘Mzee’ (‘Vieux’ en kiswahili) Jésus* est une exception. La plupart des creuseurs qui y travaillent ont entre quinze et vingt ans. L’un d’entre eux interrompt Jésus* en criant « C’est ça la vie, ici les gens naissent creuseurs. »

Alors que l’on remonte vers les hauteurs de Mongbwalu, Pascal m’explique: « Ici, je crois bien que 90% des habitants vivent de l’or. Moi aussi j’ai été creuseur, mais je travaillais dans les puits d’or. »

A retenir

  • En Ituri, 5 CAP ont été opérationnalisés dans le cadre du projet ACCPI, le dernier ayant été créé à la fin de l’année 2013 à Mongbwalu.
  • 350 élèves en cours de formation au sein du CAP de Mongbwalu
  • Au moins 574 jeunes, filles et garçons, déjà formés en menuiserie, couture, mécanique, hôtellerie, entre autres filières.

À vingt-quatre ans, Pascal Makay est sorti de la vie dans les carrières. Il est devenu l’un des formateurs de mécanique du Centre d’Apprentissage Professionnel de Mongbwalu, ouvert en septembre 2013 avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le développement.

Malgré un manque évident de moyens (« Il nous manque du matériel, des clefs, des moteurs, pour l’enseignement pratique! »), Pascal enseigne les rudiments de la mécanique à une quarantaine d’élèves, avec l’aide d’un autre formateur.

« Pour moi, ça va aider les jeunes s’ils sont en difficulté et s’ils ne veulent plus travailler dans les carrières, donc s’ils veulent faire la reconversion de leur métier. »

Parmi eux, Olivier, quatorze ans, regard juvénile et lunettes de soudeur vissées sur le front. Il considère que « la vie n’est pas bonne si l’on est creuseur – c’est vraiment difficile. Je veux devenir mécanicien pour aider ma famille, pour avoir un avenir meilleur. »

« ARRIVER À SUBVENIR À NOS BESOINS »

Outre la mécanique, le Centre d’Apprentissage Professionnel de Mongbwalu offre également des cours de coupe-couture, d’informatique, de boulangerie ainsi que des cours d’alphabétisation et d’apprentissage de langues.

Selon son directeur, Joseph Ahundey, il y a environ 350 élèves en formation dans l’ensemble des filières du Centre de Mongbwalu. On fonctionne avec peu de moyens, même si on essaie de générer des revenus par nos activités. Par exemple on met en location la grande salle du Centre mais on a aussi un champ de quatre hectares qui pourrait nous permettre de subvenir à nos besoins. ». Néanmoins, les recettes produites n’arrivent pas à couvrir les charges du personnel du centre d’apprentissage professionnel pour le moment.

Agronome de formation, Joseph constate : « À part des lopins de terre, on cultive très peu à Mongbwalu – tout le monde préfère l’or car il peut procurer des revenus importants très rapidement. Mais le Centre d’Apprentissage Professionnel permet d’offrir des alternatives à ces jeunes de Mongbwalu. La plupart sont des anciens creuseurs, mais aussi des enfants de la rue qui n’ont pas pu suivre une scolarité normale. »

Selon Cyprien Gangnon, responsable du bureau du PNUD à Bunia, « Le développement d’autres filières d’emploi dans les zones minières est nécessaire à plus d’un titre: en plus d’offrir des alternatives à une vie souvent marquée par la précarité, il offre également plus de stabilité pour les populations qui y vivent. »

Avec l’appui du PNUD, 5 Centres d’Apprentissage Professionnel ont été créés sur l’ensemble du district de l’Ituri, à Mongbwalu, à Komanda, à Bunia, à Fataki, et à Mahagi. Ces centres ont contribué à la formation de 574 jeunes dans des filières de menuiserie, en informatique, en couture, en mécanique, en hôtellerie…

Leur mise en place a été effectuée dans le cadre du projet conjoint d’Autonomisation des Communautés et de Consolidation de la Paix en Ituri (ACCPI), financé à hauteur de 4 998 897 USD. La mise en place du CAP de Mongbwalu a coûté environ 218 200 USD.

Ces Centres sont aujourd’hui opérationnels sur le long terme pour la formation des jeunes dans les communautés auxquels ils sont rattachés.

- - -

* le prénom a été modifié

Les CAP de l'Ituri en images
  • Atelier de couture du CAP de Komanda
  • Atelier de couture du CAP de Komanda
  • Atelier de couture du CAP de Komanda
  • Atelier de couture du CAP de Komanda
  • Atelier de couture du CAP de Komanda
  • Atelier de Menuiserie du CAP de Komanda
  • Atelier de Menuiserie du CAP de Komanda
  • Atelier de Menuiserie du CAP de Komanda
  • Atelier de Menuiserie du CAP de Komanda
  • Coopérative de couturières à Komanda
  • Cours d'informatique du CAP de Mongbwalu
  • Cours d'alphabétisation au CAP de Mongbwalu
  • Cours d'alphabétisation au CAP de Mongbwalu
  • Cours d'alphabétisation au CAP de Mongbwalu
  • Atelier de couture du CAP de Mongbwalu

Voir plus surFlickr

Les conditions de vie des creuseurs en images
  • Carrière d'or de Mongbwalu (Ituri)
  • Carrière d'or de Mongbwalu (Ituri)
  • Carrière d'or de Mongbwalu (Ituri)
  • Carrière d'or de Mongbwalu (Ituri)
  • Carrière d'or de Mongbwalu (Ituri)
  • Carrière d'or de Mongbwalu (Ituri)
  • Carrière d'or de Mongbwalu (Ituri)
  • Carrière d'or de Mongbwalu (Ituri)
  • Carrière d'or de Mongbwalu (Ituri)

voir plus surFlickr

Publications
thumbnail
Pauvreté et conditions de vie des ménages, Province du Nord-Kivu

Les conditions de vie des ménages au Nord-Kivu sont assez mauvaises avec la pauvreté qui touche sept ménages sur dix. Le taux de chômage est plus élevé que la moyenne nationale. La majorité de la population travaille dans le secteur informel et particulièrement dans l’agriculture mais les revenus, qu’elle en tire, sont insignifiants.

thumbnail
Pauvreté et conditions de vie des ménages, Province du Sud-Kivu

En ce qui concerne le Sud Kivu, on peut retenir que les conditions de vie des ménages y sont très mauvaises avec la pauvreté qui touche plus de huit ménages sur dix et un taux de chômage urbain plus élevé que la moyenne nationale. La majorité de la population travaille dans le secteur informel et particulièrement dans l’agriculture mais les revenus qu’elle en tire sont insignifiants.

thumbnail
Pauvreté et conditions de vie des ménages, Province de l'Equateur

Pour l’Equateur, il ressort des statistiques que c’est la province la plus pauvre de la RDC. Plus de 9 ménages sur dix vivent dans la pauvreté. Cette situation entraine des niveaux élevés de malnutrition et de mortalité infantile. Les indicateurs socio-économiques montrent par ailleurs des conditions de vie très précaires.

Voir plus