Se reconstruire grâce aux Centres Communautaires Polyvalents dans l'est de la RD Congo

Les Centres Communautaire Polyvalents
Femme bénéficiaire des Centres Communautaires Polyvalents (CPP) - Crédit Gwenn Dubourthoumieu, PNUD, 2011.

Mangina (Nord-Kivu) – Les conflits entre groupes armés font rage dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) depuis la fin des années 1990. La situation humanitaire et sécuritaire y est très préoccupante avec des attaques contre la population civile, des actes de violence sexuelle ou encore le recrutement et l’emploi d’enfants-soldats.

A retenir

  • 12 CCP soutenus par le PNUD ouverts dans les deux provinces du Kivu.
  • 4 500 personnes bénéficient d’une réinsertion économique.
  • 2 000 personnes participent aux coopératives de crédit.

Afin d’accompagner et de répondre aux besoins des personnes rendues vulnérables par ces conflits à répétition, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a mis en place douze « Centres communautaires polyvalents » (CCP) dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu.

Maman Miriam*, veuve de 34 ans, en est l’une des bénéficiaires. En 2004, trois hommes armés l’ont violée et ont entaillé ses parties génitales laissant des séquelles physiques et psychologiques graves. Elle s’est alors sentie complètement abandonnée de tous et incapable de prendre soin de ses trois enfants.

Lorsqu’elle est entrée pour la première fois dans le CCP local en 2010, le personnel lui a apporté un soutien psychosocial.Les différentes filières d'activités proposées dans les CCP ont permis à ces femmes de parvenir ensemble à l'autonomie financière.

En outre, elle a acquis des compétences lui permettant de gagner sa vie et de trouver sa voie, y compris de gérer de petites sommes d’argent, lire des informations de base pour pouvoir se forger ses propres opinions et acquérir des compétences en matière de leadership.

Deux ans plus tard, maman Miriam a quitté le camp de déplacés où elle vivait depuis son agression et s’est installée dans une petite ville voisine. En combinant ses talents de couturière et la vente de boissons traditionnelles locales, elle parvient à payer son loyer.

Une nouvelle vie
« Je vois les choses changer peu à peu autour de moi » dit-elle avec fierté. « Les enfants sont en bonne santé, ils sont propres et vont à l’école. Je mets de l’argent de côté pour m’acheter un lopin de terre. » Elle a de nouveaux collègues et s’est fait des amies, une vraie communauté qui lui redonne de la force.

S’inspirant d’initiatives similaires existantes en territoire de Beni (Nord-Kivu), le PNUD a proposé cette réponse novatrice à la violence en 2010 pour permettre la réinsertion économique et sociale des personnes vulnérables.

Les centres sont gérés par la communauté et proposent toute une gamme de services comme la médiation, des cours d’alphabétisation ou des informations sur les opportunités d’emploi et le leadership des femmes.

Ils offrent aussi des formations pour une douzaine de métiers tels que la couture, la vannerie, l’élevage, la boulangerie ou encore la culture maraîchère. Bien mieux, ce sont des lieux de réunions où citoyens, leaders d’opinion et dirigeants locaux peuvent discuter de plans pour la santé et le développement, y compris les campagnes de protection et de prévention contre le VIH.

Les 12 CCP soutenus par le PNUD qui se sont ouverts dans les deux provinces du Kivu au cours des deux dernières années ont permis à plus de 4 500 personnes de se réinsérer dans la vie économique locale. Suite aux séances d’information et d’éducation, plus de 2 000 d’entre elles sont devenues membres d’une mutuelle de solidarité où elles ont appris à épargner de l’argent et peuvent bénéficier de microcrédits, une approche collective qui leur permet de devenir financièrement indépendantes.

« Je n’imaginais pas que des femmes aussi démunies que nous puissent épargner » s’émerveille Sylvie Lubaki* qui fréquente le CCP d’Uvira dans le Sud-Kivu. « Avant, je ne pensais qu’au présent, mais je sais désormais qu’avec ce que je gagne aujourd’hui, je peux faire des plans pour l’avenir. »

Ce projet a également permis la participation massive des femmes de Burusi (Nord-Kivu) aux élections présidentielle et législatives de 2011. La plupart d’entre elles venaient juste d’apprendre à lire et écrire dans le CCP local.

Cette approche particulière, axée sur les centres communautaires polyvalents, offre aux femmes et aux jeunes des zones rurales reculées, qui ont été victimes de violences pendant des décennies, l’occasion de faire entendre leur voix au sein de leur famille et de leur communauté et de prendre en charge leur avenir.

Les autorités congolaises ont depuis peu fait part de leur intérêt pour les CCP du PNUD. Elles les ont intégrés dans la stratégie nationale sur le genre et le développement dans les deux provinces du Kivu. Les établissements recevront bientôt un statut juridique respectueux de la gestion communautaire tout en autorisant l’appui des pouvoirs publics.

Le budget est actuellement de 1,6 millions de dollars américains pour l’ensemble des centres, la majorité des fonds étant fournie par le PNUD.

« Je me sentais inutile » confie Maman Miriam. « Je pleurais en regardant mes enfants mourir de faim. Je n’avais pas d’argent et ma santé était détruite. Aujourd’hui, je revis. Je suis fière de moi et je sais que je peux affirmer mon indépendance, prendre des décisions et agir » avoue-t-elle avec un grand sourire.

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* Les bénéficiaires ont toutes été victimes de violences sexuelles et ont demandé à ce que leur vrai nom ne soit pas cité.

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