Au Maniema, retrouver la paix par la réinsertion des ex-combattants

des couturiers au travail
L'un des dix ateliers de couture mis en place par le PNUD et Caritas Développement à Kindu. Crédit: Benoit Almeras-Martino / PNUD, 2014.

Dans la province du Maniema, le Programme des Nations Unies pour le développement a mené plusieurs projets qui ont abouti à la réinsertion socio-économique de 1477 anciens combattants. Retour sur deux expériences menées à Wamaza et à Kindu entre 2010 et 2012.

WAMAZA : BRISER LE CYCLE DE LA VIOLENCE

« On pillait, on violait, on tuait. C’était ça notre vie quand on était dans la forêt. On pensait que c’était une bonne vie… mais ce n’était pas vrai. »

Alain*, un commerçant qui approche la cinquantaine, résume ainsi son passé d’ex-combattant… alors qu’il range soigneusement les produits qui sont présentés dans le petit kiosque qu’il tient au bord de la route principale de Wamaza.

Cette localité du territoire de Kabambare a été secouée pendant plusieurs années par des conflits provoqués par les différents groupes armés actifs dans la région.

A partir de 2009, leurs membres ont pu bénéficier d’un programme de « Désarmement - Démobilisation – Réintégration » mené conjointement par le Programme des Nations Unies pour le développement, la MONUSCO et les Forces Armées de la République démocratique du Congo.

A retenir

  • 2361 membres de groupes armés ont été démobilisés entre 2010 et 2012 dans la province du Maniema.
  • 1477 ex-combattants ont été formés par le PNUD avec l'aide de deux ONG internationales et 25 ONG nationales.
  • 709 personnes vulnérables, membres de la communauté, ont été également formées dans le cadre de ces projets.

Sur l'ensemble des ex-combattants passés par le camp de démobilisation de Wamaza, 1227 ont ainsi choisi de se réinsérer grâce à des formations financées par le PNUD  et réalisées par les ONG CARE International et Christian Aid.

« Quand on nous a offert la possibilité de déposer les armes, je n’ai pas hésité très longtemps et j’ai rejoint le camp de démobilisation. On nous a proposé de nous former à une activité de notre choix. Moi je voulais être commerçant… alors j’ai suivi une formation au petit commerce. »

Les formations proposées ont ainsi offert aux ex-combattants l’opportunité d’exercer diverses activités économiques et de briser le cycle de la violence, comme Alain* l’affirme :

« Tout ce que je souhaite aujourd’hui, c’est de voir mes enfants grandir. Je n’ai plus envie de repartir dans la forêt, je veux juste vivre en paix. »

KINDU : LA COUPE-COUTURE POUR RETISSER LES LIENS DE LA COMMUNAUTE

C’est un petit atelier de couture dans la commune de Kasuku – rien ne le distingue vraiment des autres ateliers de la ville de Kindu : des machines à coudre manuelles sont posées sur des tables bancales, les tissus colorés des clientes sont suspendus au plafond... et attendent d'être cousus par des couturiers qui jonglent habilement avec les ciseaux et les aiguilles.

Mais cet atelier n'est pas vraiment comme les autres, comme l’explique Julie Kangela, une lumineuse mère de quatre enfants qui en assure la direction :

« Ca a commencé en 2010 : on a reçu des machines à coudre et on a été formés avec les ex-combattants. On a compris que les formateurs voulaient qu’on travaille main dans la main pour que l'on comprenne qu’on pouvait revivre ensemble normalement. Depuis la formation, on travaille ensemble et on n'a plus rencontré de problème avec ceux qui étaient dans la forêt auparavant. »

Bertrand*, l’un des couturiers présents, confirme les propos de Julie : « La formation nous a permis de comprendre que l’on pouvait gagner notre vie sans voler nos voisins. Ce travail nous a permis de retrouver nos frères et nos sœurs et d’avoir un vrai travail comme tout le monde. »

L’abbé Jules Lukusumbe, responsable du bureau de Caritas Développement à Kindu qui a mené ce projet, en explique les origines et la philosophie.

« Nous avons été sollicités par le PNUD pour prendre en charge la formation en coupe-couture de 76 ex-combattants et de 30 membres de la communauté. Pour nous c’était essentiel qu’ils soient formés ensemble, car les démobilisés vivaient dans des conditions d’extrême pauvreté et n’avaient plus de vie sociale, ils étaient isolés. »

« Puis nous avons installé dix ateliers dans toute la ville de Kindu et on a conseillé les personnes formées pour qu'ils puissent pérenniser leurs activités. Depuis certains de nos apprentis ont trouvé du travail ailleurs. Les employeurs ne font pas la différence s’ils sont ex-combattants ou non… ce sont des personnes comme les autres. »

Denis Hounzangbé, coordonnateur des activités du pilier « Croissance Inclusive et Développement Durable » du PNUD au Maniema, considère que « la réinsertion sociale et économique est un facteur essentiel pour mesurer l’efficacité des programmes à destination des ex-combattants. S’ils sont réinsérés alors les risques qu’ils reprennent les armes seront fortement diminués. »

Entre 2010 et 2012, 2361 membres de groupes armés ont été démobilisés dans la seule province du Maniema dans le cadre du Programme National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration de la République démocratique du Congo.

Avec l’appui du PNUD, de 2 ONG Internationales et 25 ONG nationales, 1477 ex-combattants ont été formés, en compagnie de 709 personnes vulnérables issues des communautés, .

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* les prénoms ont été modifiés

Ex-combattants de Wamaza
  • Bénéficiaires des formations du PNUD à Wamaza.
  • Bénéficiaires des formations du PNUD à Wamaza.
  • Bénéficiaires des formations du PNUD à Wamaza.
  • Bénéficiaires des formations du PNUD à Wamaza.
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