Une centrale hydroélectrique réconcilie la population de Bwisha avec le parc national des Virunga

 L’avancement des travaux au point du captage d’eau sur la rivière Rutshuru
L’avancement des travaux au point du captage d’eau sur la rivière Rutshuru. Copyrights : Marc Ngwanza/PNUD 2014.

Nord-Kivu, Matebe Rudahira. À cinq kilomètres de Bwisha, sur la route de Bunagana en direction de la frontière de l’Ouganda dans le Nord-Kivu, un chantier immense de 6 hectares s’incruste dans le paysage du parc national des Virunga : vaste maillage de treillis en fer, de pieux de soutènement et de palissades en bois, des ateliers en préfabriqué au travers desquels, des hommes et des femmes casqués de jaune de bleu, de blanc et de rouge, vérifient que la coulée de béton se répartit harmonieusement. La vue plongeante est saisissante. Nous sommes à 12 mètres sous le niveau de la rivière.  C’est ici que la future centrale hydroélectrique sera opérationnelle en 2015 sur la rivière de Rusthuru qui donne son nom au territoire. 

Cette centrale est l’une des réalisations concrètes du Plan de développement local de la chefferie-collectivité de Bwisha, territoire de Rutshuru au Nord-Kivu qui comprend un projet fédérateur alliant l’amélioration des conditions socio-économiques de la population et le respect de l’environnement. "L’ouvrage qui est en train d’être érigé ici fait partie du quatrième pilier de notre Plan de développement local 2011-2015", indique Théophile Mpabuka, Expert en planification et développement de la collectivité chefferie de Bwisha. "Il porte sur la protection de l’environnement et la lutte contre le changement climatique. Ce plan a été réalisé de façon participative et comprend trois autres piliers : la gouvernance, la croissance économique et l’accès aux services sociaux de base. Il a été finalisé et adopté avec l’appui du PNUD dans son volet Programme d’appui à la décentralisation et au développement local (PADDL)", précise encore  Théophile Mpabuka. "La centrale aura une puissance installée de 12,6 mégawatts. L’énergie produite alimentera les populations de Bwisha et les unités de transformation des produits agricoles, espère-t-il. Le recensement administratif chiffre la population de Rutshuru à 800.000 âmes. 

Chiffres clefs

  • 20 millions de dollars mobilisés pour la construction de la centrale hydroélectrique
  • 6 hectares de chantier
  • 2011-2015 : Plan de développement local
  • 2015 : fin de la construction de la centrale
  • 12,6 mégawatts : la puissance de la future centrale hydro-électrique
  • 200 personnes travaillent à la construction ; dont 30 agents qualifiés parmi lesquels 6 femmes
  • Plus de 100.000 foyers peuvent être desservis en énergie électrique

Mobilisation de plus de 20 millions de dollars

"Le PNUD a soutenu la chefferie dans l’organisation de deux tables rondes avec des bailleurs de fonds", explique le Mwami Dieudonné Ndeze qui a deux "casquettes" : celle de chef coutumier et celle de chef de collectivité de Bwisha.

"Nous avons multiplié les plaidoyers pour réunir les moyens nécessaires à la réalisation des projets contenus dans notre Plan de développement. Nous avons aussi entendu et enregistré les plaintes de l’Institut congolais pour la protection de la nature (ICCN) concernant la pression de la population sur le parc des Virunga notamment par la coupe des bois de chauffe et la fabrication de la braise. Mais cette pression n’allait pas décroître sans un projet alternatif qui permettrait de fournir de l’énergie à la population. L’ICCN s’est alors joint au projet de construction de la centrale hydroélectrique en contactant d’autres partenaires pour financer cet ouvrage. Nous avons mobilisé plus de 20 millions de dollars pour financer la centrale", révèle Dieudonné Ndeze.

Le projet présente des avantages multiples pour la chefferie, soutient Théophile Mpabuka.  "Une fois la centrale terminée, la population pourra consommer l’énergie électrique pour des usages domestiques au lieu de recourir au bois de chauffe ou à la braise. La centrale offre un autre avantage et non des moindres, celui d’alléger le travail des femmes qui doivent parcourir parfois de longues distances pour couper le bois. C’est souvent lors des déplacements en forêt que surviennent des cas de viol. Ce projet pourra ainsi participer à la prévention des violences sexuelles dans notre chefferie. Nous comptons aussi sur la présence de l’énergie de la centrale pour attirer des investisseurs dans la chefferie notamment dans le domaine de la transformation des produits agricoles", poursuit Théophile Mpabuka. 

Des territoires devenus savane

On comprend mieux l’impact négatif de l’homme sur l’environnement lorsqu’on circule en véhicule de Goma à Rutshuru. Au sortir de Goma, une nouvelle entité administrative a été construite: le territoire de Nyiragongo. Hélas, le couvert végétal a disparu au profit des habitations et des champs. Les guerres successives qu’a connues la région avec l’installation des camps de réfugiés et les déplacements massifs de populations ont laissé des cicatrices sur l’environnement. La demande en énergie a fortement crû avec l’augmentation répétée des populations arrivant par vagues successives lors de chaque conflit armé. Malheureusement, la source d’énergie la plus accessible à tous est le bois. C’est ainsi que dans le parc des Virunga, des clairières sont visibles dans la forêt indiquant les coupes sombres effectuées à main d’homme. "À Rutshuru-centre, le même phénomène a été observé car toutes les guerres au Nord-Kivu ont abîmé ce territoire", fait remarquer un étudiant de l’institut supérieur pédagogique de la cité.

Selon Théophile Mpabuka, il fallait sensibiliser la population sur le bien-fondé de la protection de la nature et la lutte contre le changement climatique. "Certains villages sur le territoire se retrouvent aujourd’hui comme dans la savane. Les arbres ont disparu. Les fabricants de chaux artisanale recourent maintenant aux souches et racines des arbres pour bruler la pierre à chaux. Nous sensibilisons sur les avantages du reboisement pour améliorer la qualité de notre vie", dit-il. La population a fini par adhérer au projet et s’est mobilisée pour qu’il aboutisse, à tel point qu’elle a cédé gracieusement au projet les six hectares de terre sur lesquels la centrale se construit. Quand on sait le lien qui unit les hommes à la terre ici, c’était un acte d’engagement communautaire. À la fin de la guerre (contre les "forces négatives" du M23) et à  la suite de la précarité de la population, les gestionnaires du projet ont jugé utile de donner des moyens de subsistance à la population, qui en retour fournit la main-d’œuvre. 

Main-d’œuvre rotative et cohésion sociale

L’exécution du projet a été confiée à African Conservation Found (ACF)-UK et l’ICCN qui ont signé un contrat avec la chefferie sur l’utilisation de la main-d’œuvre locale. C’est à ce niveau que se manifeste l’implication de la population, insiste Théophile Mpabuka. "Toutes les communautés de la chefferie fournissent la main-d’œuvre à tour de rôle. Ce système rotatif favorise la cohésion sociale entre les ressortissants de la chefferie qui travaillent pour un idéal commun. En retour, la main-d’œuvre est rémunérée", fait savoir l’expert en planification.

Sur le chantier, des centaines d’ouvriers sont à pied d’œuvre. Au bruit des engins mécaniques se mêlent des cris d’hommes et de femmes. Au garage, une femme s’affaire sur un excavateur. Une autre, spécialiste en soudure, donne des instructions à son équipe de travail. Au point de captage de d’eau, une autre femme dirige les opérations de pose de blocs de béton pour soutenir la base des échafauds. Elles font partie de l’âme qui fait tourner le chantier. D’autres sont juchées sur des échafaudages pour construire des murs. Des engins du chantier sont frappés du logo de l’ICCN. Safari Kambale, ingénieur civil, conduit le chantier. Il en est à son deuxième ouvrage après celui construit dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu. Il est souvent collé à son talkie-walkie pour donner des instructions. "Nous devons tenir les délais et livrer l’ouvrage en 2015" insiste-t-il. "Sur place, le chantier emploie près de 200 personnes dont une trentaine  d’agents qualifiés permanents parmi lesquels on compte six femmes. Le reste est constitué de  main-d’œuvre locale fournie par la chefferie. " 

L’expérience de la chefferie dans le plaidoyer et la mise en œuvre de son Plan local de développement suscite l’admiration d’autres entités territoriales décentralisées de la province. "Nous mettons nos connaissances acquises grâce au PNUD au service d’autres entités qui nous sollicitent et nous sommes fiers de les partager", affirme le Mwami, Dieudonné Ndeze, chef coutumier et chef de la collectivité de Bwisha. 

Marc NGWANZA

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