Shabunda (Sud Kivu): le défi de la restauration de l'autorité de l'Etat

Des cyclistes à pied croisent une voiture coincée dans la boue
La route qui sépare Shabunda-Ville de Matili témoigne des besoins en infrastructures routières du territoire de Shabunda. Crédit: Benoit Almeras-Martino / PNUD, 2013.

Sur le papier, le trajet entre Bukavu et Shabunda-Ville paraît simple – une recherche rapide en ligne indique même qu’il faudrait à peine dix heures pour parcourir les 700 kilomètres de route qui séparent les deux villes.

L’anecdote fait sourire Daniel Eloko Nsala, administrateur du territoire de Shabunda depuis fin 2012 : « Le territoire de Shabunda est presque aussi grand que le Rwanda… » explique-t-il « … et la quasi-totalité du territoire est contrôlée par les groupes armés. »

Inaccessible par voie terrestre, l’enclavement du territoire de Shabunda constitue un défi pour le maintien de l’autorité de l’Etat, mise à mal par l’influence grandissante des groupes armés parmi la population.

L’insécurité et l’enclavement de Shabunda ont entraîné logiquement une explosion du coût de la vie : « Les prix atteignent jusqu’à trois fois ceux qui sont pratiqués à Bukavu », selon Daniel Eloko Nsala, « par exemple le litre d’essence coûte cinq dollars ! »

Contribuer à rétablir l’autorité de l’Etat

A retenir

  • 4 226 371 USD investis pour renforcer les institutions pénitentiaires et judiciaires au Nord Kivu, au Sud Kivu et en Ituri.
  • 30 juges de paix formés au Nord Kivu et au Sud Kivu.
  • 2 tribunaux de paix construits au Sud Kivu.
  • 44 greffiers et 58 agents pénitenciers formés au Sud Kivu.
  • Prise en charge du transfert de 100 détenus à la prison de Kabare pour désengorger la prison centrale de Bukavu.

Dans le cadre de son projet « Appui aux Institutions Pénitentiaires et Judiciaires », développé dans le cadre de la Stratégie Internationale de Soutien à la Sécurité et la Stabilité (ISSSS) qui appuie la réalisation du Programme national de Stabilisation et de Reconstruction des zones sortant des Conflits armés (STAREC), le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a assisté les autorités locales pour installer un Tribunal de Paix à Shabunda-Ville.

Officiellement créé en 1989, le Tribunal de Paix n’avait jamais été construit  - jusqu’à son installation, seules des juridictions coutumières permettaient de régler les litiges au sein de la communauté… mais bien souvent, les tribunaux coutumiers n’étaient pas compétents pour traiter les affaires judiciaires.

« On nous demandait d’aller à Uvira pour nos affaires de justice ! » explique Mayele*, un homme venu pour une audience au tribunal de paix. « Pour aller là-bas, on est obligés de prendre l’avion, ça coûte 350 dollars, sans compter l’hôtel, la nourriture… C’est plus pratique d’avoir le tribunal ici. »

Les travaux de construction et la sécurisation du Tribunal de Paix, prise en charge par l’UNOPS et le PNUD, ont duré près de quatre ans, en raison des problèmes d’accessibilité du territoire. Le personnel du tribunal a pris ses fonctions depuis la fin du mois d’août 2013.

Pour Kanigi Bujirwa, le greffier du tribunal, qui a suivi des formations dispensées par le PNUD, « les conditions de travail sont bonnes ; mais il y a encore beaucoup à faire. Le territoire est très grand, il faudrait d’autres tribunaux ! »

Le casse-tête de l’accessibilité

De fait le président du Tribunal, Mulenga Kasongo, estime qu’« il faut organiser des audiences foraines, mais pour le moment c’est pratiquement impossible du fait de l’insécurité et de l’état des routes. »

L’accessibilité est le défi majeur du territoire de Shabunda – il suffit de parcourir les trente-cinq kilomètres de piste qui relient Shabunda-Ville à Matili pour se rendre compte des besoins énormes du territoire.

Depuis l’interruption des travaux de réhabilitation de l’axe routier Shabunda-Bukavu - en raison de l’insécurité permanente du territoire -, l’état des pistes a empiré et il faut près de quatorze heures pour réaliser l’aller-retour entre les deux localités.

Selon Stephen Kooshak, responsable du bureau de terrain du PNUD à Bukavu, « La restauration de l’autorité de l’Etat est une étape essentielle, mais la réalité du terrain montre aussi que la population de Shabunda souhaite bâtir une vie meilleure. Les attentes sont très fortes et pour y répondre, il faudra l’engagement de l’ensemble des partenaires de développement actifs au Sud Kivu. »

Son avis est partagé par Daniel Eloko Nsala : « Il faut désenclaver le territoire physiquement mais aussi moralement – il faut autonomiser les femmes et permettre aux jeunes de se démobiliser des groupes armés, mais aussi leur offrir la possibilité de s’ouvrir au monde. Ce sont des éléments essentiels pour favoriser la paix à Shabunda. »

En images: les défis du territoire de Shabunda
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Publication
Rapport socioénomique 2011-2012 et perspectives 2013

Le contexte économique actuel de la RDC indique qu’en dépit du taux de croissance affiché et de la baisse des pressions inflationnistes, la situation sociale est restée précaire en 2011 et même en 2012. La progression du pays vers les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) demeure très lente.

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