A la prison de Goma: Se former pour retrouver une vie normale

Un détenu en uniforme entouré de poulets.
L'atelier de formation à l'élevage fait partie des activités mises en place par la MONUSCO et le PNUD pour faciliter la réinsertion des détenus. Crédit: Benoit Almeras-Martino / PNUD, 2013.

Une ambiance joyeuse règne dans l’atelier du quartier pénitentiaire pour femmes de la prison centrale de Goma où une dizaine de femmes sont regroupées autour de machines à coudre.

Au milieu du claquement des pédales et du tintement des aiguilles, les rires fusent – à tel point que seuls les barreaux des cellules permettent de réaliser qu’il s’agit bien d’un lieu de détention et non d’un atelier de couture du quartier populaire de Birere.

Mais pour Marie*, l’une des détenues, la bonne humeur n’a pas toujours été de mise: « Normalement, on était là, on ne faisait rien à part dormir. Et on avait trop de soucis ! »

A la suite d’un problème foncier, cette mère de douze enfants a été condamnée à un an de prison – sans éducation et sans formation, elle ne gagnait pas sa vie et n’avait aucune perspective pour sa sortie de prison.

A retenir

  • 70 000 USD investis pour former les détenus de la prison de Goma.
  • 35 détenus déjà formés à la fabrication de briques, à l'élevage de poulets et à la coupe-couture.
  • 4 lieux de détentions réhabilités ou construits au Nord Kivu et au Sud Kivu, dont la nouvelle prison centrale de Goma.
  • 110 agents pénitenciers formés pour une meilleure prise en charge des détenus au Nord Kivu, au Sud Kivu et en Ituri.

Préparer les détenus à leur remise en liberté

En soutien à la Prison Centrale de Goma, la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation du Congo (MONUSCO) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) ont initié des activités de formation à des petits métiers pour préparer les détenus à leur retour à la liberté, lutter contre l’inactivité des détenus et contribuer à l’auto-suffisance dans la prison.

Avec l’appui technique du « Comité d’Appui à l’Auto-Promotion » (CAAP), des ateliers d’élevage de poulet, de fabrication de briques et de couture ont ainsi été mis en place entre les murs de ‘Munzenze’, le surnom de la prison centrale de Goma.

Marie a profité de cette initiative pour se former à la coupe-couture avec dix autres de ses co-détenues :

« Au moins ici, j’apprends un métier et j’aimerais bien travailler dans un atelier quand je vais être libérée, même si j’ai déjà quarante-cinq ans… et depuis que l’activité a commencé, ça va un peu mieux ici, on ne se dispute plus avec les autres (détenues). Ca vaut mieux que ne rien faire ! »

« Notre objectif, c’est l’autonomisation et la réinsertion »

Patrick Mukendi, directeur de ‘Munzenze’ depuis maintenant un an, explique les objectifs principaux de ces activités :

« D’abord, nous voulons favoriser le fonctionnement de la prison en améliorant les conditions de vie des détenus. Il y a plus de 750 détenus pour à peine 180 places ici. » La plupart sont désoeuvrés, et il y a souvent des incidents entre eux. Ces activités vont aussi leur permettre d’avoir des moyens de subsistance et une occupation. »

Dans la cour intérieure de l’ancien pénitencier, aujourd’hui désaffecté, une dizaine de détenus fabriquent des briques à partir de sacs de ciment.

Selon Patrick Mukendi, « A la fin de chaque journée, on a produit environ 350 briques – nous pensons que l’on peut générer 20 à 25% de profit par rapport à ce que nous coûtent les sacs de ciment. Si les activités marchent bien, nous souhaitons aussi qu’elles contribuent à l’autofinancement de ‘Munzenze’.»

« Mais notre objectif principal c’est la réinsertion – les détenus qui sont formés n'ont plus que quelques mois de détention avant leur remise en liberté. Les activités sont là pour leur apprendre des petits métiers qu’ils pourront exercer toute leur vie; ça facilitera leur retour à la ‘vie normale’. »

Pour Nick René Hartmann, Directeur Pays Adjoint aux Programmes du PNUD en République démocratique du Congo, "Favoriser la réinsertion des détenus au travers de la formation est une activité importante à plus d'un titre: en plus de permettre l'apaisement des relations sociales dans les lieux de détention, ces formations offrent des alternatives concrètes pour les personnes remises en liberté… Ce sont des outils essentiels pour mettre fin aux cycles de la violence et de l'insécurité."

Mises en place depuis le début du mois d’octobre 2013 pour un montant de 70 000 USD, ces activités s’inscrivent dans le cadre du projet « Appui aux Institutions Pénitentiaires et Judiciaires de la République démocratique du Congo ».

Depuis leur démarrage, 35 détenus ont déjà été formés avant leur sortie de la prison de Goma. Des activités similaires ont également été ouvertes dans les prisons centrales d’Uvira et de Bukavu (Sud-Kivu).

Le projet AIPJ a également permis la réhabilitation de 4 lieux de détention, dont la nouvelle prison centrale de Goma (entièrement construite dans le cadre de ce projet et inaugurée en janvier 2013).

Mis en œuvre dans les provinces du Nord Kivu et du Sud Kivu et en Ituri (Province Orientale) le projet a par ailleurs permis la formation de 110 agents pénitenciers. Il s'inscrit dans le cadre de la Stratégie Internationale de Soutien à la Sécurité et la Stabilité (ISSSS), qui appuie la réalisation du Programme national de Stabilisation et de Reconstruction des zones sortant des Conflits armés (STAREC).

Les formations à la Prison Centrale de Goma en images
Publication
Rapport socioénomique 2011-2012 et perspectives 2013

Le contexte économique actuel de la RDC indique qu’en dépit du taux de croissance affiché et de la baisse des pressions inflationnistes, la situation sociale est restée précaire en 2011 et même en 2012. La progression du pays vers les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) demeure très lente.

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